jeudi 28 février 2013

L'affaire Olivier Mukuna contre Alain Soral

En annexe aux coups de gueule contre Alain Bonnet de Soral, la Jérusalem des Terres Froides vous propose l'ensemble de l'affaire Olivier Mukuna Vs Alain Soral sur la même page. D'abord la lettre ouverte que Mukuna avait publié sur le site d'Agoravox en juin 2011 puis le récit sur les sanglots de Soral au Théâtre de la Main D'Or, tel que publié sur Média Libre. Rappelons qu'Égalité et Réconciliation avait relayé sur son site la lettre ouverte sous le titre peu reluisant Travail d'esclave. Voici comment elle fut présentée :
Suite au succès de "Comprendre l’Empire" et à sa série de conférences sur la domination oligarchique, les attaques par la bande se multiplient ces derniers temps contre Alain Soral (agression au théâtre de la Main d’Or par de faux musulmans menés par Gamal Abina, série d’articles à charge du faux patriote Jean Robin...).
Dernière en date de ces attaques : cet article particulièrement ignominieux du journaliste belge prétendument antiraciste Olivier Mukuna.
En cette période cruciale où Alain Soral mène un courageux et dangereux combat, nous laissons le lecteur apprécier.
Sûr qu’avec de tels combattants, les sionistes n’ont même pas besoin de lever le petit doigt !
Ceux qui connaissent déjà le "grand sheikh chauve" n'auront pas besoin de commentaires supplémentaires. Tout y est : reprocher "l'ignominie" de l'autre d'une façon elle-même ignominieuse, la victimisation du gourou d'E&R puis son idéalisation et le conspirationnisme à deux balles en laissant sous-entendre que Mukuna n'est pas vraiment antiraciste et qu'il serait un idiot utile des sionistes.

La lettre ouverte avait été reproduite telle quelle sur E&R mais depuis elle a été effacée, peut-être à la demande de Mukuna. Il ne reste que la présentation et les commentaires. L'article a reçu 3 étoiles sur 5 pour 133 votes, il a été vu 16 741 fois (popularité: 1) et il y a 76 commentaires. Et bien sûr, si Soral a relayé cette lettre sur son site, c'est qu'à ce moment-là, il se sentait assez en confiance avec sa bande de trolls pour y narguer Mukuna. Car autrement, on connait bien l'habitude soralienne de toujours occulter ce qui peut le moindrement porter ombrage au gourou (tendance qui s'est sérieusement aggravée en 2013).

La Jérusalem des Terres Froides a pensé également présenter quelques commentaires provenant d'Agoravox, Égalité et Réconciliation et Média Libre, puis elle s'est ravisée car les propos des soraliens y sont d'une telle bêtise qu'ils n'apportent rien de plus. Précisons seulement qu'à la suite de l'article de Média Libre, de nombreux soraliens ont affirmé qu'il était impossible que cette rencontre ait eu lieu à la Main D'Or et que Soral y ait pleuré, sous prétexte "qu'ils ont appris beaucoup grâce à Soral". Eh oui, vous avez bien lu : sous prétexte qu'ils en auraient appris beaucoup grâce à "Poupeto-c'est-moi", certains sectateurs ont poussé tellement loin l'idéalisation irrationnelle de leur gourou qu'ils ne peuvent même plus concevoir que d'apprendre de quelqu'un n'empêche pas celui-ci de faire des bêtises ailleurs. Ils sont en telle pâmoison devant leur "virtuose du logos" que s'ils apprennent qu'il s'est mal comporté autrement, ils ne peuvent le concevoir et ils se retrouvent en dissonance cognitive, en déni de la réalité. N'est-ce pas digne de Claude Vorilhon et ses raéliens ?

Voici pour commencer la lettre ouverte de juin 2011 et après les notes de bas de page, le récit de ce qui s'est passé au Théâtre de la Main D'Or en décembre 2011. Notez qu'au second article, le premier paragraphe (en italiques) n'est pas de Mukuna. Bonne lecture à tous...

---Lettre ouverte à Alain Soral---

Rédigé le 17 juin 2011 et paru à la tribune libre d'AgoraVox le 20 juin 2011 

Mon pauvre Alain,

Après avoir craché sur l'écrivain Marc-Edouard Nabe, l'historien Paul-Éric Blanrue ou le politologue Alain De Benoist, ta mégalomanie devait trouver nourriture hors Hexagone. Au nom de « l'antisioniste qui pisse le plus loin », tu calomnies désormais le professeur Jean Bricmont, le journaliste Michel Collon, l'économiste Souhail Chichah et moi-même.

De mes trois amis belges précités, je suis celui qui te connaît le mieux. Hors Internet ; dans les coulisses de la vraie vie. Tu imagines donc mon sourire en te voyant me donner du « Monsieur Mukuna » dans ta vidéo à charges et sans preuve (1). Quel contraste avec ton tutoiement amical lorsque tu pensais pouvoir me manipuler. En oubliant son aspect malhonnête, ta propension au comique involontaire te rendra toujours attachant.

Mobilisant toute ta vulgarité égocentrique et ta paranoïa légendaire, tu me contrains - bien joué ! - à réagir. Mais contrairement à toi, je préciserai à celles (?) et ceux qui t'accordent encore cet hallucinant crédit « d'où nous parlons » exactement.

Bientôt sept ans que nous nous sommes rencontré face à un pseudo-journaliste de Complément d'enquête (France 2). Dans le cadre de la naissante « affaire Dieudonné » et de la sortie de mon livre d'entretiens (2). Nous avons été interviewés près de trois heures ; Dieudonné, toi et moi. Sans surprise, tu monopolisas la parole. Développant plusieurs analyses pertinentes anéanties par un dérapage aux accents anti-juifs. Résultat prévisible : le missionnaire de France 2 jeta les propos de Dieudonné comme les miens pour bricoler une partie de sa propagande autour de cette saillie (3). En guise de médiatisation de mon travail, tu admettras que j'escomptais mieux que voir mon image amalgamée à ta connerie verbale. Conséquence « complémentaire » : la LDJ ou le Betar saccagera à coups de manches de pioches une librairie parisienne dans laquelle tu dédicaçais ton livre du moment (4). Parmi les premiers à s'enfuir, tu en sortiras indemne. Ce ne fût pas le cas de sept de tes lecteurs, blessés à des degrés divers, comme de la propriétaire de la librairie, tombée en dépression et cessant définitivement son activité (5)...

Ce que j'ai retenu de l'épisode ne s'est jamais démenti : Soral joue uniquement pour sa gueule et demeure incapable du moindre geste collectif. Bien sûr, on a tous nos défauts et s'il fallait dézinguer chaque opportuniste, on n'en sortirait plus. Dans mon second livre, j'ai donc consigné ton agression, soulignant la malhonnêteté du préposé de France 2 comme le fait qu'aucune enquête de police n'avait été menée (6)... Un an plus tard, sur demande de ton avocat, j'irai témoigner à ton procès pour «  incitation à la haine raciale  ». Question d'honneur et de vérité. Valeurs que tu perds à la même vitesse que tu t'en réclames ...

Tes coups de menton mussoliniens ont cessé de m'apparaître accessoires, lorsque je t'ai vu aboyer ceci : « Le métissage de toute façon, ça fait peur à tout le monde ! Parce que le métissage, c'est la violence ! Dans toutes les sociétés métissées, il y a de la tension, de l'angoisse et de la violence » (7)... Puis, dans la même vidéo : « Nous sommes des gallo-romains-hellèno-chrétiens. Un métissage réussi parce que lent, cohérent, accepté, etc. »

Au-delà de la stupidité de ces assertions, leur contradiction flagrante (« métissage = violence » vs « métissage réussi ») ne pouvait s'expliquer que par une vision racialiste du monde, ordonnée par la suprématie blanche. L'aboutissement d'une pensée afrikaner ; l'apologie du développement séparé en agitant, entre autres leurres, l'inusable hochet de l'immigration-invasion.

Plus tard, tu confirmeras ton amour de la pureté raciale et de l'apartheid sous prétexte de lutte contre un absurde « complot impérial » : « La catastrophe aujourd'hui, c'est que nous avons une immigration qui est organisée systématiquement ; en réalité même plus pour des raisons économiques parce qu'il y a du chômage, mais pour des raisons raciales ; pour des raisons de métissage forcé ; pour créer du melting-pot, de la babelisation et de l'ilotisme. C'est un projet de destruction ! Quand tu mets des musulmans et des ... je dirais même pas des musulmans ... des Maghrébins avec des Français de souche dans une banlieue, ce n'est même pas du métissage, au sens où ça serait l'addition de deux cultures, c'est la destruction de ces deux cultures par leur télescopage pour en faire des libéraux américains en survêtements ; c'est-à-dire des sous-prolétaires de bandes ethniques américains. C'est ça que ça donne ! Tu vois très bien Ribéry : c'est pas le génie français millénaire + le génie musulman. C'est Zahia, c'est zéro ! » (8).

Si c'est ça la « sociologie sérieuse  » d'Alain Soral : la boucle est effectivement bouclée avec tes poussées d'urticaire xénophobe déjà contenues dans ton livre « Jusqu'où va-t-on descendre ? - Abécédaire de la bêtise ambiante » (9).

En 2007, ton passage au Front National, sous prétexte « de le changer de l'intérieur  » (sic), m'a confirmé l'absolue dévaluation de ta parole politique. La boutique racialo-souveraino-libérale des Le Pen, père ou fille, n'a jamais constitué à mes yeux une réponse politique sérieuse aux graves difficultés socio-économiques des Français, au racisme institutionnel qu'endurent une partie de tes compatriotes comme à la lutte authentique contre le colonialisme.

Pour autant, je refuse la diabolisation du FN. Aussi antidémocratique qu'inefficace, celle-ci a dédouané à peu de frais ses concurrents politiques. Particulièrement l'UMPS, responsables du bilan catastrophique de ces trente dernières années et qui, peu ou prou, partagent les préceptes racialistes et néolibéraux de l'extrême-droite. Bref, comme feu le sociologue Michel Clouscard et bien d'autres (10), mes convictions sont aux antipodes de celles du Front National.

A l'époque, non content d'instrumentaliser Clouscard (11), tu t'essayais déjà aux prédictions foireuses en annonçant Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles 2007. Plus drôle sera ta lettre ouverte intitulée « Marine m'a tuer  ». Privé de la tête de liste FN en Ile-de-France aux européennes 2009 (mon pauvre Alain : il n'y avait que toi pour croire que les apparatchiks frontistes allaient te « chauffer » la place), tu retrouveras ta clairvoyance en claquant la porte du FN.

Par pur nombrilisme, ta lettre de « rupture » dira ceci : « Le Marinisme social ? C’est un peu comme l’antisionisme PS, le gaullisme UMP… Un montage médiatique, du bidon, je n’y crois pas. Marine, malheureusement, n’est pas Jeanne d’Arc, ni Evita Peron. Tout au plus, dans le dispositif Sarkozy 2012 qui se met doucement en place, avec Besancenot à gauche de la gauche et Marine à droite de la droite, une Rachida Dati de souche !" (12) ...

Tu enfonceras le clou devant la caméra de videodrom.org : « Je n'appellerai aucun français d'origine immigrée (sic) ou issu de la gauche radicale ou de la gauche ouvrière à voter pour des Marinistes, mais je n'appelle pas à voter contre le Front (...) Le Front Mariniste devient une espèce d'agence de communication organisée ou je vois toutes les pratiques un peu sordide, typiques du tertiaire, qui se pratiquent en entreprise et dans les autres mouvements  » (13).

Puis, cette perle - plus d'actualité que jamais ! - que tu te gardes bien de répéter à ceux que tu appelles les « musulmans patriotes » : « Marine a toujours été totalement hostile à Dieudonné. Totalement ! C'est Le Pen père qui a tendu la main à Dieudonné et aime bien les artistes de talent. Avec Marine, c'est l'inverse, il y a une sorte de haine rentrée pour les artistes de talent et les individus réellement indépendants et libres. Ce qui me fait dire qu'elle n'est ni indépendante ni libre. Là, elle a dealé. C'est sûr !  ».

Orfèvre de l'incohérence, tu te réconcilies ensuite avec Marine Le Pen sur les ondes de RMC. Déclarant d'emblée qu'aux européennes 2009 tu voteras pour le FN, « le meilleur parti d'opposition politique en France », tu ajoutes : « J'ai quitté le Front National pour défendre des idées qui sont, par ailleurs, exactement celles que vient de défendre Marine Le Pen à l'antenne et je la soutiens inconditionnellement dans ce combat ! ». Et de conclure l'échange d'un enthousiaste « Je t'embrasse, Marine ! Bon courage à toi et vive le Front National !  » (14). Attendrissant. Mais c'était avant que Dieudonné ne te propose la 5ème place sur sa Liste Antisioniste, présentée aux mêmes élections européennes.

Entre admirer ta gueule sur des affiches électorales et un « soutien inconditionnel » dans l'ombre de Marine Le Pen, le choix sera vite fait. Tandis que Dieudonné se déclare « content que (tu) ai (es) quitté le Front National », comme d'hab', ton autoritarisme, tes aboiements réactionnaires et ton mépris profond pour tout émetteur (et surtout émettrice) de critiques aboutira à te faire détester par la majorité des candidats Antisionistes. Plus consternant : lorsque plusieurs militants de cette liste, en campagne dans le XX ème arrondissement de Paris, se feront agresser par des extrémistes sionistes ; qu'en première ligne ton colistier Yahia Gouasmi prendra des coups ; que Dieudonné se fera temporairement aveugler à la bombe lacrymogène (15), toi ... tu seras à nouveau le premier à détaler ! Abandonnant tes « camarades » en péril pour revenir jouer les « héros » une fois le danger écarté. Sans doute une autre mise en pratique de la « droite des valeurs  » ...

Deux ans plus tard, soit aujourd'hui, tu « demandes pardon » à Marine Le Pen pour ta lettre ouverte de 2009. Faut dire que la patronne est désormais Présidente du FN et créditée de 20% d'intentions de vote aux présidentielles 2012. Quelle bravoure ! « J'ai été un peu immoral et un peu con  » (16), concèdes-tu. Si seulement tu pouvais cesser d'en faire un systématisme.

Rectifions maintenant tes affabulations mégalomanes me concernant. Mon livre « Égalité zéro - Enquête sur le procès médiatique de Dieudonné  » ne te doit absolument rien. Jusqu'à nouvel ordre lepeniste, tu n'es pas le directeur des Éditions Blanche, notre éditeur commun. Lorsque j'ai transmis mon projet à l'un des deux responsables des Éditions Blanche, ce dernier m'a rapidement fait part de son intérêt et fixé rendez-vous à Paris. Au sortir de l'entretien, enthousiaste, il acceptait de publier mon enquête.

Cependant, contrairement à toi, je vérifie toute assertion quelle que soit la source. Entre l'accord verbal et le contrat signé, mon éditeur aurait pu t'interroger sur l'opportunité de me publier. Et, dans ta grande « bonté désintéressée », tu aurais pu répondre positivement. J'ai appelé notre éditeur ; voici sa réponse : « Ce n'est pas Alain qui nous a mis en contact ou qui aurait poussé à ce que je publie Égalité zéro. C'est idiot de sa part de dire cela parce que ce n'est pas la vérité ».

L'honneur plein la bouche, c'est bien toi qui affirmait face caméra : « Je suis un émotif et j'ai beaucoup de mal à mentir » (17) ? Vrai pour l'émotion ; faux pour le mensonge ! Tu es au contraire un menteur pathologique prêt à toutes les distorsions de réalité pour faire reluire son nombril. Comme le soulignait d'ailleurs ton mentor Jean-Marie Le Pen, qui déclarait récemment que tu n'avais jamais été son conseiller politique ni même l'auteur principal du discours de Valmy (18).

Idem encore concernant tes divagations pleurnichardes selon lesquelles j'aurais « comploté » avec Bricmont, Chichah et Collon pour saboter la promotion bruxelloise de ton dernier livre. Depuis quinze ans, je défends la liberté d'expression et la survie d'un journalisme digne de sa déontologie. Pour couronner ces dernières années, souvent difficiles (19), j'aurais co-organisé ta « censure » ? Il n'y a vraiment que les complotistes névrosés pour avaler ce genre de balivernes ! Prends un calmant et lis ceci : quel que soit le nombre ou l'intensité de nos antagonismes, jamais, je ne porterai atteinte à ta liberté de parole ou à celle de quiconque. La cohérence et la dignité, mon pauvre Alain, ce n'est pas fait pour les chiens !

Ce qui nous conduit à ton injonction qu'aucun sioniste n'a osé me balancer (« Je m'adresse aux Français de confession musulmane. Mukuna, il n'est ni Français ni musulman, donc, comme dirait Dieudonné, tu fermes ta gueule, Mukuna !  »). Misère argumentative du niveau de « J'ai baisé ta femme, Guillon, et c'est pas demain que tu baiseras la mienne ! » (20) ; version xénophobe, le sexisme en moins. Pitoyable. Suis-je le seul à avoir saisi que tu tentes de manipuler les Français musulmans afin qu'ils votent Le Pen aux présidentielles 2012 ? Bien sûr que non.

Si certains se lassent de tes diatribes de pit-bull comme de tes phases de séduction-bidon envers les musulmans (21), d'autres ont fini par saturer et t'offrent le choix des armes. Blanches, évidemment (22). Pour ma part, je me contenterai de rappeler l'un de tes messages, diffusé sur Facebook le 15 mars dernier :

« Comme je le répète depuis des mois avec de plus en plus de crédibilité (sic), le Système oligarchique va essayer de nous coller DSK, président du FMI (re-sic), comme prochain Président de la République française. Et pour être sûr que les Français voteront pour lui, malgré une crise économico- financière qui va encore s’aggraver, le Système veut lui opposer Marine Le Pen au second tour. L’expertise mondialiste face à la menace fasciste !

Je pense donc qu’aider à faire gagner Marine Le Pen est notre seul espoir d’échapper à la dictature mondialiste. Et je pense aussi que Marine Le Pen ne pourra pas gagner sans les voix des Musulmans de France. Le Système le sait aussi, c’est pourquoi il pense que c’est joué d’avance. A Marine Le Pen et aux musulmans de nous surprendre ! Il reste 14 mois pour travailler de part et d’autre à la réconciliation nationale  ».

Au-delà de ta prédiction désopilante sur le « finaliste DSK », digne d'un Paco Rabanne ou d'une Elizabeth Tessier, tu t'es enfermé dans une position intenable. Incarner le rabatteur auprès d'un public souvent hostile au sionisme afin de faire élire une sioniste (23), jouant à fond la « carte dissidente » de l'islamophobie : faut reconnaître que t'as pas peur du ridicule. Et tes récentes contorsions de confusionniste énervé n'y changeront rien.

Enchaînons sur l'autre clivage de fond : le colonialisme. A l'heure où le Président criminel de ton pays et le gouvernement antidémocratique du mien financent avec l'argent public la canonnière coloniale en Libye et en Côte d'Ivoire, il m'est évidemment insupportable d'entendre ta sale musique minimiser ou revisiter les conséquences du colonialisme français.

Loin du « génie millénaire », la France possède une histoire multiple. Révolutionnaire, solidaire et exemplaire mais aussi impériale, profondément raciste et spoliatrice. Tu voudrais que nous, les métis culturels, les afro-européens, oublions la seconde partie de l'énoncé au motif que le « peuple français » n'a eu son mot à dire ou n'aurait pleinement profité de l'exploitation esclavagiste et coloniale (24) ?

Remballe ta camelote de charlatan (25), mon pauvre Alain !

Pratiquer l'angélisme envers « le peuple » est aussi stupide que de vouloir le criminaliser. De la fin de la Traite négrière jusqu'au colonialisme actuel, face aux classes dominantes systématisant l'inhumanité puis l'infériorisation nègre, quatre types de conscience politique ont animé les classes moyennes et populaires : l'aliénation, la collaboration, l'abstention et la contestation.

Qui s'est enrichi et a consommé les millions de tonnes de sucre et de coton produits par l'esclavage négrier de Saint-Domingue (Haïti) ? Qui payait les billets pour se divertir en famille aux zoos humains de Paris ? Qui a massacré les civils nationalistes de Sétif, Guelma et Kherrata comme les tirailleurs sénégalais de Thiaroye qui avaient contribué à vaincre le nazisme ? Qui a bombardé les populations indépendantistes du Cameroun ? Qui « peuplent » les bases militaires françaises imposées à plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest ? Qui profite de l'industrialisation de l'uranium, du cobalt ou du pétrole africains ?

Ignare, arrogant et négrophobe, tu prétends vouloir libérer ta nation de l'impérialisme américano-sioniste mais tu la fermes quand la France trempe dans le génocide rwandais ou écrase dans le sang la souveraineté de la Côte d'Ivoire (26)...

Sur l'autre anticolonialisme, soit l'antisionisme authentique, je n'ai aucune leçon à recevoir d'un type qui, en trente ans de « dissidence », n'a jamais mis un pied en Palestine occupée. Et qui, tel un « Julien Dray inversé » (27), accuse Michel Collon d'une co-responsabilité dans l'assassinat israélien de Rachel Corrie (28). Autrement dit : Rachel Corrie, « c'est l'effet Collon » ? Ou quand l'arrivisme le dispute à l'ignoble.

Renforçant ton statut de gourou d'Egalité et Réconciliation (si personne n'est ton « égal », qui comptes-tu « réconcilier », mon pauvre Alain ?), voilà que tu t'improvises historien des religions. Avec pour nouveau slogan racialiste : « Le sionisme, c'est le judaïsme en actes !  ».

Quel marketing d'avance sur les Fourest, Finkielkraut et autres Zemmour qui n'osent balancer face caméra : « Le terrorisme, c'est l'Islam en actes » ! A force de postures en miroir sur nos adversaires, tu as fini par leur ressembler. En pire. C'est sans doute ce que tu appelles « faire monter le niveau » ...

De Jenine à Ramallah en passant par Naplouse, Bethléem et Jérusalem, je n'ai pas entendu un seul Palestinien soutenir ou même approcher les aberrations puantes que tu déverses. Or, ces personnes endurent dans leur chair le sionisme. Mais elles ne le subordonnent pas au Judaïsme. Leur oppression a toujours été politico-militaire et non religieuse. Pas seulement parce que Chomsky, Chichah et Collon l'estiment, mais parce que le bureau d'Ismaël Haniyeh te le rappelait déjà en 2009, suite à ton mensonge sur le « soutien » du Hamas à la Liste Antisioniste (29) ...

Aux côtés de mes camarades antisionistes, juifs et non-juifs, je m'inspire avec fierté de l’œuvre du regretté Marcel Liebman. A des années-lumières de ta « dialectique » d'afrikaner dépressif, mon compatriote écrivait notamment ceci : « Nous autres qui critiquons et rejetons le sionisme, nous le faisons non par hostilité envers les Juifs, mais bien au contraire, par refus de tout racisme, qu'il soit dirigé contre les Arabes, les Juifs ou contre toute minorité nationale ou ethnique » (30).

Tes éructations ne mènent qu'à l'une des impasses suicidaires du sionisme : la réactivation de l'essentialisme anti-juifs. Foncièrement opposé à toute forme de racisme, tu me trouveras donc sur ta route d'apprenti-sorcier national-socialiste. A plus forte raison lorsque tu comptes y entraîner des afro-européens qui n'ont aucune vocation à jouer les « tirailleurs sénégalais » pour la sioniste Le Pen ou pour tout autre candidat aux présidentielles 2012. A mes yeux, sauf coup de théâtre, aucun des candidats déclarés ne répond concrètement à notre exigence d'égalité citoyenne et d'ascension socioéconomique comme aux luttes d'émancipation de nos parents, frères et sœurs crevant de misère ou sous les bombes en Afrique. Aucun !

D'ailleurs, que dis-tu du dernier « trait de génie footbalistique » de ta cheffe concernant les franco-algériens et Français d'origine algérienne ? Marine Le Pen vient d'inviter les 577 députés de l'Assemblée nationale à légiférer sur l'interdiction de la double nationalité (31). Pas encore aux manettes présidentielles qu'elle réactive la stigmatisation/criminalisation d'une partie de la population française sous l'alarmisme fallacieux d'une « situation potentiellement explosive  » si la France devait « intervenir  » militairement en Algérie...

Comment vas-tu bourrer le mou des patriotes concernés afin qu'ils jettent leurs origines pour se voir enfin considérés comme de « vrais Français » ? Et lorsqu'ils auront contribué à l'élire, ta Marine, ce sera quoi l'étape anti-bougnoules suivante ?

En 2008, Tariq Ramadan résumait déjà l'idyllique programme que Marine Le Pen destine aux métis, noirs et arabes de France, musulmans ou non : « La 'citoyenneté française' qu'elle met en avant est une citoyenneté culturellement monocolore aux relents arrogants et racistes : elle regrette le temps de 'l'assimilation forte' où les Abdallah et les Fatima étaient invités à changer de prénom ! Le seul vrai moyen de lutter contre le racisme et la discrimination : aux Noirs et aux Arabes de se faire Blancs et invisibles et inaudibles ! » (32).

Puisque tu t'es permis de sortir du cadre factuel et de la vérité me concernant, attrape en retour cette lancinante rumeur hautement crédible. Lors d'une discussion privée tournant autour de Dieudonné, en son absence bien sûr, plusieurs témoins t'ont entendu dire ceci : « L'aspect subversif de Dieudonné, c'est son côté blanc  » ...

De deux choses, l'une : soit c'est vrai et mets tes petites couilles sur la table pour confirmer haut et fort. Soit c'est faux et nies de façon convaincante, en soulignant qu'entre autres facteurs, ses origines franco-camerounaises ont aussi fait de Dieudonné cet artiste courageux et subversif. Pas l'une avant l'autre ! Pas l'une sans l'autre ! Étant entendu, mon pauvre Alain, que qui ne dit mot, consent ...

Lâche, menteur, manipulateur, misogyne, raciste ordinaire et querelleur de bacs à sable, mon pauvre Alain, jusqu'où vas-tu descendre ?

Olivier Mukuna


2 “Dieudonné – Entretien à coeur ouvert”, Editions EPO, Anvers, 2004.

4Misères du désir”, Editions Blanche, Paris, 2004

6Egalité zéro – Enquête sur le procès médiatique de Dieudonné”, Editions Blanche, 2005, p. 20

9 Dans lequel on peut notamment lire à la lettre « F » comme France : « La France qui était un pays latin (système D, farniente, drague ...) devient progressivement, sous la pression du néo-libéralisme (finance transnationale et immigration sauvage), un pays d'Anglo-Saxons névrosés envahi de Maghrébins hostiles  » (Éditions Blanche, Paris, 2002, p.112).

10 Telle ma consoeur Natacha Polony qui, en te contredisant avec brio et pertinence sur France 3, a par ailleurs démontré toute la vacuité injurieuse de tes thèses misogynes (http://www.youtube.com/watch?v=RNLpkMlK1rA&feature=related).

11 A tel point que le sociologue estimera nécessaire la mise au point suivante : “Si je lui ai reconnu et lui reconnais certes du talent, je ne me reconnais par contre pas du tout dans l'exercice qu'il croit bon de faire à présent de ses dons pour poser un statut de penseur. Associer donc d'une manière quelconque nos deux noms s'apparente à un détournement de fonds. Il s'avère qu'Alain Soral croit bon de dériver vers l'extrême droite (campagne pour le FN). Il veut y associer ma personne, y compris en utilisant mes photos à ma totale stupéfaction. Je n'ai en aucun cas autorisé Alain Soral à se prévaloir de mon soutien dans ses menées prolepénistes. Le Pen est aux antipodes de ma pensée.” (http://humanite.fr/node/78732 ).

20 http://www.youtube.com/watch?v=GVFr60AUySI&feature=related
Pour rester dans le “comique qui vieillit mal”, visionne encore cette leçon magistrale d'humilité (aux sous-titres hilarants), judicieusement titrée : “Quand Alain Soral tapinait pour la télé” (http://www.youtube.com/watch?v=misI57fGLOQ&feature=related).

25 “Karl Marx observe que sans le commerce colonial et la traite négrière des XVIè, XVIIè et XVIIIè siècles, il n'y aurait point eu d'industrialisation européenne au XIXè siècle, dont il est contemporain et qu'il analyse avec grande perspicacité dans Le Capital, livre I [...] “C'est bel et bien le développement soutenu de l'économie négrière transatlantique au fil du XVè, XVIè, XVIIè et XVIIIè siècles qui entraîna la démultiplication des capacités productives des nombreux secteurs économiques européens directement impliqués dans ce réseau transcontinental” […] “La commercialisation paneuropéenne et la transformation manufacturière en Europe d'immenses quantités de matière premières africaines et américaines ont très largement contribué à l'expansion des activités industrielles ; beaucoup plus que ne l'aurait jamais permis la seule circulation-transformation des ressources naturelles européennes notoirement rares, ou insuffisantes. Toutes choses que les grands auteurs spécialistes de l'économie capitaliste comme Adam Smith, John Stuart Mill ou Karl Marx ont très clairement observés ; étant contemporains du phénomène” (Histoire des 'Traites Négrières' - Critique afrocentrée d'une négrophobie académique, Klah Popo, Editions Anibwe, Paris, 2010, p. 251, 252 et 312).

26 Ce qui ne m'empêchera pas d'être de bons comptes et de saluer la reprise par le site de E & R d'un de mes papiers sur le sujet (http://www.egaliteetreconciliation.fr/Cote-d-Ivoire-l-hiver-colonial-6159.html). Dans la même veine, j'invite les gérants du site à reprendre l'une des salutaires chroniques de Grégory Protche, n'épargnant ni les colonialistes français ni leurs collabos africains (http://www.youtube.com/watch?v=1wr3hP8IMvU).

27 En 2006, “l'affaire Halimi”, du nom de ce jeune Français juif enlevé, sequestré, torturé et tué par le franco-ivoirien Youssouf Fofana, chef du “gang des barbares”, a conduit le porte-parole du PS de l'époque et militant sioniste, Julien Dray, à oser l'amalgame raciste : “C'est l'effet Dieudonné !
(http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20060223.OBS8118/dray-le-meurtre-d-ilan-c-est-l-effet-dieudonne.html).

29 Au sujet des soutiens à la Liste antisioniste, Alain Soral a écrit dans le bimensuel Flash du 4 juin 2009 : “Carlos, le Hezbollah et le Hamas sont, eux, plutôt pour” … Réponse du bureau de presse d'Ismaël Haniyeh, dirigeant du Hamas à Gaza : “Nous ne connaissons pas ces gens-là. Nous n'avons même pas connaissance de l'existence de cette liste. Nous militons certes contre le sionisme, dont l'objectif est de nous chasser de nos terres, mais nous n'avons jamais accordé notre soutien à cette liste. Nous en profitons d'ailleurs pour réaffirmer que nous ne luttons pas contre les Juifs mais contre l'occupant israélien et contre ceux qui emploient la terreur pour nous transformer en réfugiés » (http://www.alterinfo.net/Le-Hamas-ne-soutient-pas-le-Parti-Antisioniste_a33025.html?com#com_847051).

32 http://www.tariqramadan.com/Les-theses-de-Marine-Le-Pen.html


 ---Quand Olivier Mukuna raconte le vrai Alain Soral---

Paru le 6 novembre 2012 sur Média Libre

Mukuna raconte Soral… Nous ne partageons pas toutes les convictions d’Olivier Mukuna, dont l’antiracisme nous est parfois apparu comme hémiplégique. Il n’en reste pas moins que c’est toujours mieux à nos yeux que le racisme talmudiste de Soral, et qu’humainement, il n’y a pas photo entre le militant de la gauche colloniste (nous n’avons pas dit colonialiste, Olivier…), homme de conviction mais aussi de dialogue et d’écoute, et l’ordure méphistotélicienne qui l’insultait par vidéo interposée. Mais beaucoup moins lorsqu’ils se sont retrouvés face à face à la Main d’Or, aux côtés de Dieudonné. Certains de nos amis qui connaissent l’ordure nous enjoignent de la ménager pour préserver « la dissidence », en dépit du tombereau de calomnie qu’il a déversé et continue de déverser sur tous ceux dont l’allégeance à sa personne n’est pas absolue, ou qui ne lui rapportent pas. C’est bien la préserver, cette « dissidence » pourtant, que de démasquer cet être amoral qui ne vit que de la manipulation, du mensonge, de la calomnie, dont furent tour à tour victimes son ancien bras droit Marc George, Paul-Eric Blanrue, J-E Néaumet, Marc-Edouard Nabe, pour ne citer qu’eux. Eux mais aussi Olivier Mukuna donc, qui a raconté hier sur Facebook comment l’affaire s’était réglée, et qui ce faisant nous apporte un éclairage intéressant sur la personnalité de l’imposteur, et surtout sur la dichotomie entre le personnage et l’homme...


Le témoignage d’Olivier Mukuna, sur Facebook :

« Pour pallier au témoignage inexact et déformé de « Bermok », voici le mien :

Le 15 décembre 2011, suite à une tentative de médiation – initiée par Dieudonné et sans me concerter préalablement -, je me suis retrouvé face à Alain Soral, au milieu de la salle de spectacle du Théâtre de la Main d’Or, vide de tout public … Dieudonné était assis à mes côtés ; son garde du corps, installé à côté de Soral.

1) D’emblée, le gourou s’est permis d’aboyer plusieurs conneries édifiantes à mon encontre. Ceux qui ont pratiqué Soral hors caméras savent parfaitement qu’il est impossible de discuter avec cet autoritaire maladif qui ne respecte aucune des règles élémentaires fondant l’échange sérieux. A plus forte raison, lorsqu’il vous a identifié comme critique envers son discours et ses positionnements … Excédé par sa stupidité insultante, je me suis levé et lui ai dit fermement : « Viens, on va régler ça dehors à l’ancienne ! « . Il n’a pas bougé et s’est tu … J’ai réitéré mon injonction en hurlant ! A nouveau, Soral n’a esquissé le moindre mouvement.

2) Dieudonné m’a alors pris par le bras pour me rasseoir à côté de lui. Son garde du corps s’est momentanément interposé entre Soral et moi, craignant que je ne l’empoigne. Ce que je ne voulais pas commettre dans l’enceinte du Théâtre. Par souci évident de respect envers Dieudonné et d’une partie de son public, encore présente à l’extérieur. Sauf, bien entendu, si Soral avait osé me toucher. Ce qu’il a eu la « bonne idée » de ne pas faire tout au long de notre confrontation.

3) Dieudonné a ensuite imposé un temps de parole à chacun, avec interdiction d’interrompre l’autre. Après que je me sois exprimé – résumant ma lettre ouverte ayant déclenché chez Soral l’envoi, deux semaines durant, d’insultes racistes négrophobes sur mon téléphone et sur son profil FB -, Soral a commencé à parler. Calmement, puis de façon presque inaudible. Soudain, il a fondu en larmes …

4) Comédie stratégique pour éviter une correction méritée ou acte spontané de contrition dû à un trop-plein émotionnel ? Peu importe. Son « comportement » des plus pathétiques a fini d’évacuer ma colère. Autrement dit, ce pauvre type, autoproclamé « dissident » et « entraîneur de boxe », m’a fait pitié. Après cela, l’incident était clos.

5) Nous avons convenu que s’il n’y avait plus d’attaques mensongères et grotesques à mon endroit dans ses vidéos, il n’y aurait plus de réaction publique hostile de ma part contre lui. Larmes séchées, Soral m’a tendu la main pour officialiser le « deal ». J’ai serré sa main, espérant qu’il tiendrait parole. Ce qui s’est confirmé jusqu’à ce jour. Tous les quatre, nous avons ensuite quitté la salle de spectacle pour rejoindre l’assistance encore présente au bar.

Voilà précisément comment notre altercation s’est déroulée et a pris fin. Devant deux témoins : Dieudonné et son garde du corps. Malgré mon injonction déterminée, Soral et moi n’en sommes pas venus aux mains. Ce qui, in fine, demeure préférable : l’opposition, même profonde et virulente, devant s’exprimer au travers du vrai débat contradictoire et pacifique.

Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais pas estimé pertinent ni informatif de relater publiquement cet épisode privé, vieux de près d’un an. Si je reconnais que le photomontage, partagé sur mon mur FB, m’a fait sourire, je constate aussi que se répand une rumeur selon laquelle j’aurais « cassé la gueule d’Alain Soral ». Je suis donc contraint de rétablir, ici, la vérité sur le déroulement de cette altercation.

Ce qui n’enlève rien à mes profonds désaccords et critiques envers l’essentiel du discours manipulatoire de Soral. Critiques développées dans ma lettre ouverte et pour laquelle – un an et demi après sa diffusion – aucun élément d’infos, aucune contre-argumentation sérieuse n’est venu remettre en cause le moindre mot…

Enfin, pour les « durs de comprenure », ça ira peut-être mieux en le réécrivant : le racialisme, la hiérarchisation raciale et le néofascisme à prétention commerciale ne constituent pas des outils de résistance et de subversion politiques. Mais participent à pérenniser la domination criminelle des oligarques du Nouvel Ordre Mondial et de leur myriade d’exécutants opportunistes ».


lundi 25 février 2013

Le tirage au sort pour la présidence d'Égalité et Réconciliation

Un appendice aux coups de gueule contre Alain Soral :

Le "boxeur virtuose hégélien marxiste du logos enraciné, sain et bien compris (avec de l'humour, faut le savoir !)" affirme dans sa vidéo d'Hong Kong qu'il aime beaucoup les idées d'Étienne Chouard sur le tirage au sort. Il est vrai que d'appliquer le tirage au sort dès demain à toute la France, ce n'est pas possible, mais l'appliquer au niveau local, comme par exemple à l'intérieur d'une association, c'est très réalisable. C'est réalisable et cela crée un précédent qui pourra éventuellement servir, quelques dizaines d'années plus tard, pour l'application à toute la nation. Alors si Soral croit réellement à ce principe expliqué par Chouard, pourquoi ne donne-t-il pas l'exemple en soumettant la présidence d'Égalité et Réconciliation au tirage au sort, au principe du hasard pour éviter les abus d'un particulier sur tous ? Imaginez : Une association culturelle ("Culture pour tous"), qui fait dans le "métapolitique", Égalité et Réconciliation, avec plusieurs millions de connections uniques par année à son site, applique désormais le tirage au sort pour sa présidence et sa hiérarchie (réputée très stricte et réduite), dans l'espoir qu'il en sera ainsi dans toute la France avant la mort d'Alain Soral. Le microcosme soralien devenant le macrocosme français, voire mondial, accomplissement du messianisme soralien; "le sacrifice médiatique de l'homme ne fut pas en vain !". Et là, les gens pourront effectivement dire, à la mort de "AS", que "cet homme avait complètement raison !" (comme il l'affirme lui-même dans la première vidéo de son duo avec "Saint-Georges").

Le tirage au sort comme fondement véritable de "l'Égalité", permettant ainsi une "Réconciliation", n'est-ce pas le but recherché pour le "mystique authentique" qui a fondé cette association, après avoir goûté à la "politique politicienne" du Front National ?

Coup de gueule : Alain Soral (3)

Puisqu'il y a une demande pour le sujet, voici une seconde suite à mon dégonflement de la baudruche Soral. Autrement dit, une nouvelle tournée générale de Soral-bashing sur mon compte.

Il y en a encore tant à dire sur le cas Alain Bonnet de Soral. C'est qu'on se dit toujours que l'homme va atteindre sa limite et pourtant non, il descend toujours davantage dans la bêtise ambiante. Comme la marchandisation finit toujours par saturer les endroits où elle s'infiltre, Égalité et Réconciliation devient chaque jour davantage une entité commerciale comme toutes les autres et il s'y répand de plus en plus une ambiance de secte. Les informations présentés sont sélectionnées pour justifier l'idéologie du groupe et nous avons maintenant droit à l'AteliE&R, où de jeunes acolytes explicitent la "pensée soralienne" pour espérer un jour monter dans la hiérarchie très stricte et réduite de l'association.

Il y en a beaucoup à dire mais je vais commencer par revenir sur mon premier article. À la suite de sa publication, j'ai reçu quelques commentaires de la part de soraliens. On m'a traité de sioniste, de "povre con" (sic), d'être un "antisoral primaire" (re-sic), d'être le "Jean Robin québécois", etc. Mais surtout, j'ai reçu un commentaire anonyme qui est tellement dans l'esprit soralien que je me demande s'il pourrait provenir de notre marchand de vin lui-même. Le ton y est condescendant, infantilisant et d'une familiarité non-avenue de mauvais aloi, comme c'est bien souvent le cas quand le "virtuose du logos" décide s'en prendre à quelqu'un. Le voici :
Bof Charles. Y a anguille sous roche on le sent, ton article n'est pas neutre du tout même si tu essayes, et j'aimerais bien savoir pourquoi tu l'as écris... certains arguments sont vraiment minables quand tu commences à parler de rumeurs d'infidélités etc... pas de scoop, que des sous-entendus, des on-dit, des suppositions, des jugements... Pitoyable ton article mon petit.
D'abord, j'aime bien son expression  "Y a anguille sous roche on le sent". Que ce soit Bonnet de Soral ou un disciple qui copie fort bien son maître, on voit qu'il s'ouvre la possibilité de pouvoir m'accoler l'étiquette infamante qu'il veut : maladie mentale, traître congénital, jaloux, agent sioniste undercover, écrivain raté en mal de lecteurs, mercenaire, fraîchement converti au wahhabisme/talmudisme/protestantisme/satanisme, trotskiste, pédophile sous chantage policier, franc-maçon et/ou païen infiltré, sodomite refoulé, sous influence de la sorcellerie des élites/des Réseaux/de la Banque, "suivez l'argent", etc, etc, etc.On connaît tous la fertilité de l'imagination soralienne quand il s'agit de se déclarer un ennemi. Sinon, revoir l'incroyable animation vidéo de ParanoMagazine sur Soral et Tariq Ramadan -Le petit Soral illustré: Comprendre l'Empire Judéo-Islamo-Trotskiste des Qatari anglo-américains grâce aux Évangiles et Tariq Ramadan- la démonstration la plus magistrale que je connaisse.

Notre soralien pur jus me reproche d'avoir parlé des rumeurs d'infidélité du "philosophe hégélien". Dans le cas de critique de toute autre personne, c'est vrai que d'aborder ce sujet aurait été déplacé. Mais dans celui du "sociologue de la drague", qui n'hésite pas à attaquer les gens sur leur sexualité comme "J'ai baisé ta femme, Guillon !", "Clouscard m'a rejeté parce que j'avais plus de succès auprès des femmes que lui", "Voyez ce que publie Maffesoli et sa femme sur un site d'agence de rencontres", "Dantec se la joue violent parce qu'il a une petite bitte" ou encore "Je suis de la pudeur du Nord, opposé à la vulgarité sépharade", je ne vois pas pourquoi j'aurais à me priver d'évoquer ces rumeurs d'infidélité. D'autant plus que dans le cas du Bonnet de Soral, on s'aperçoit bien souvent "qu'il n'y a pas de fumée sans feu". Enfin, rappelons que ces rumeurs ne sont que quelques lignes sur un texte de plus de huit pages et que les qualifier de "minable" permet à notre commentateur anonyme de passer sous silence que notre homme a bel et bien invité ses disciples à aller se battre au couteau en Bretagne contre un crétin irrécupérable qui n'en vaut pas la peine.

Notre anonyme que je suspecte d'être "Poupeto-c'est-moi" en personne me dit qu'il n'y pas de scoop dans mon texte. C'est vrai, je n'ai fait qu'exprimer ce que je pense de Soral et oui, la majorité des propos que j'ai tenu peuvent se retrouver sur les blogs, Facebook, les forums de discussion, etc. C'est que je n'ai pas publié ce coup de gueule uniquement pour être lu, comme une sorte de Marc-Édouard Nabe désireux d'un public. J'ai écrit essentiellement pour des raisons personnelles, pour clarifier mes idées et mes impressions sur le sujet-Soral. À la limite, même si personne ne m'aurait lu, j'aurais tout-de-même présenté ce texte sur mon site. Alors non, pas de scoop. Et cela répond également à la question de la "tentative de neutralité" (je ne sais pas où l'anonyme est allé chercher ça) car je lui rappelle qu'un "coup de gueule", c'est un style littéraire qui ne se veut pas neutre du tout. Je n'ai pas fait une thèse de sociologie ou de philosophie sur le "virtuose du logos", j'ai fait un compte-rendu de mon expérience avec le soralisme. C'est pourtant évident.

Maintenant, à propos des "sous-entendus", des "on dit", des "suppositions" et des "jugements". Que des sous-entendus et des suppositions, vraiment ? Pour démontrer que mon propos sur Soral ne relève pas uniquement de ma subjectivité, il suffit de s'installer avec un compteur manuel et de regarder les vidéos mensuelles. À chaque fois qu'il dit "moi", "je", "il est sur la ligne E&R", "encore une fois, j'avais raison", toute allusion comme quoi il serait l'incarnation de la virilité ou encore quand il insulte ouvertement son auditoire, vous ajoutez une unité au compteur. À la fin de votre expérience, je vous garanti que vous serez effaré par le nombre d'unités que vous aurez compté (si vous avez joué le jeu honnêtement, cela va sans dire). Vous aurez une preuve tangible et objective de ce que j'avance sur l'homme.

Pour une seconde preuve objective et vérifiable de ce que j'affirme, il suffit d'avoir entre les mains "le petit livre noir" de Soral, le petit catéchisme pour ses fans. Encore à la vidéo mensuelle de janvier 2013, l'équipe soralienne nous affirme en incrustation "Y a tout d'dans, qu'on vous dit", mais en feuilletant les pages, on voit bien qu'outre la mauvaise division des paragraphes et le flou des propos, il n'y a aucune référence textuelle ni de bibliographie, ce qui rend l'ouvrage impropre à toute pédagogie. Non, il n'y a pas tout dedans que je leur dit, et juste un peu de connaissance est quelque chose de très dangereux. Comprendre l'Empire est un guide pour croyants et non un travail scientifique.

Pour une troisième preuve que mon propos a un objet réel, il suffit d'aller au site d'E&R et y constater la publicité et le placement de produits-maison. À la page de la vidéo mensuelle de janvier 2013, entre les boîtes-vidéos et le forum des commentaires, il y a le placement de plus de 22 produits (oui, 22, comme le nombre de lettres hébraïques ou d'arcanes majeures au Tarot) dont deux T-Shirts et un DVD d'humour. Ce n'est pas de la supposition et du "on dit", c'est constatable avec ses yeux, c'est "l'éternel retour du concret".

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Voilà pour ce qui était des réactions à ma première sortie. Maintenant, poursuivons contre l'homme. Je me rappelle lors de la sortie de Comprendre l'Empire, son auteur avait piqué une crise sous prétexte que les "anti-sionistes belges" (entendez par-là Jean Bricmont, Michel Collon, Souhail Chichah et Olivier Mukuna) auraient empêché la diffusion de l'opus en Belgique. Le "virtuose du logos" allait jusqu'à dire qu'il avait des preuves grâce à des contacts dans le pays. Puis finalement, on a su la vérité : un libraire connaissance de Michel Collon lui a demandé ce qu'il pensait du livre et ce dernier n'était pas enthousiaste. Quelqu'un a entendu des bribes de conversation ou autre truc du genre et l'a rapporté à Soral qui lui en a fait tout un plat. Et comme à son habitude, notre "philosophe hégélien issu des milieux punks" en a gardé une rancune persistante. Après, il n'en a pas manqué une pour les traiter de cons et d'idiots utiles du sionisme, plus particulièrement Collon. C'est en réaction à cette crise qu'Olivier Mukuna a écrit sa lettre ouverte et c'est à partir de cette même crise que Soral a décidé de s'aligner sur Gilad Atzmon et Israël Shahak pour ne plus parler "d'anti-sionisme" mais de "judaïsme talmudique", un grand coup dans la dérive sectaire d'Égalité et Réconciliation.

Lorsque Collon a appris pour la réaction du "marchand de vin survivaliste", il a dit que ce serait bien d'organiser un débat entre les deux mais que personnellement, il manquait de temps. Il a dit également que ce serait bien que quelqu'un se charge de débusquer ce qu'on pourrait appeler "l'idéologie soralienne". Je ne prétends pas m'atteler à cette tâche mais si je prends la peine d'écrire ces textes à charge maintenant, c'est en partie pour fournir du matériel au brave qui relèvera sérieusement le défi.

Par où commencer ? Par le très suspect et trop anonyme "Collectif Amanah" ? L'affreuse BD Yacht People ? Le DVD où Soral se la joue "guerrier viril" ? La commercialisation toujours plus envahissante d'E&R et la vérité derrière le "partenariat" avec Au bon sens, Sanguisterrae et Instinct de survie ? Son nouvel ami Falotti, un athée qui veut se faire appeler Saint-Georges ? Sa prétention à mériter son Salut d'emblée et d'être un "mystique authentique" ? L'encouragement à toujours davantage d'irrationalité religieuse et de délires ésotériques/magiques/sataniques chez les soraliens ? Et le couronnement de l'écoeuranterie soralienne : la prétention de savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi et vouloir me l'imposer par la force (à la rédaction de mon premier article, je n'avais pas écouté la vidéo de Hong-Kong). Le choix ne manque pas. Il n'y a pas de nouvelles accusations car le fond du personnage a été cerné mais les tendances s'accentuent gravement en 2013.

Puisque je l'ai nommé en premier, autant commencer avec le "Collectif Amanah". Lorsque j'ai vu l'apparition de ces vidéos sur le site d'E&R, je n'avais pas trop porté attention. Encore un petit groupe de militants qui s'est procuré une caméra-vidéo et ils ont réussi à accrocher le "boxeur kontre-kulturel" au théâtre de Dieudonné. Mais je suis quand même allé voir sur leur page Facebook. Cette page était toute fraîche, elle venait juste d'apparaître sur le net, en même temps que la publication des vidéos. Dans les "Mention J'aime", il n'y avait que deux noms : E&R et Salim Laïbi. J'ai trouvé ça bizarre puis j'ai vu sur L'encyclopédie du soralisme (anciennement Dans la peau d'Alain Soral) que je n'étais pas le seul à être dubitatif sur l'origine de ce "collectif musulman traditionaliste". En présence de Laïbi dès l'ouverture, on est en droit de soupçonner que le qualificatif "traditionaliste" réfère davantage à René Guénon qu'à une orthodoxie sunnite ou chi'ite et maintenant, une histoire de "front islamo-chrétien contre front  polythéiste" (contre les Hindous qu'aimait tellement Guénon ?). Surtout qu'à la fin de la deuxième partie de l'entrevue, Soral nous parle de son amour pour Guénon, Evola et Corbin. Dans tous les cas, une chose est sûre, le logo du "collectif" ne fait ni traditionaliste guénonien, ni Islam classique. Ce lettrage mi-punk mi-industriel me fait plus penser au logo de Kontre-Kulture qu'autre chose. Constatez par vous-même :



Je n'affirmerai pas ouvertement que le "Collectif Amanah" est une création soralienne. Cependant, suite à l'affaire Franck Abed, je suis en droit de me demander si nous assistons actuellement à la montée d'une nouvelle mode dans le milieu de la "dissidence", celle de la dissimulation. J'ai visionné un bout de cette entrevue du "collectif" avec Soral et on y constate qu'on ne voit pas du tout l'interviewer et on n'entend pas sa voix non plus (les questions sont présentés à l'écran sous forme d'intertitres, comme un vieux film muet). Rappelons à Soral tout-de-même que le secret, ça ne fait pas très chrétien...

Si on peut douter de l'existence du "Collectif Amanah", on ne peut pas douter de l'existence de cet autre collectif qu'est The Savoisien. Dans leur petite guerre privée contre Bonnet de Soral, ils ont numérisé la bande dessinée Yacht People où celui-ci est scénariste pour l'offrir gratuitement à quiconque la veux sous forme de PDF. Je n'aurais jamais osé acheter ça mais offerte sur un plateau d'argent... Et encore une fois, Alain Soral est descendu encore plus bas que je ne pouvais le croire dans la bêtise ambiante.

Le format bande dessinée n'est pas mauvais en soi. J'ai déjà vu d'excellentes idées être exprimées par celui-ci. Malgré ses approximations, son discours en girouette et son incapacité à écrire un livre réellement pédagogique, Soral aurait pu faire quelque chose de bien en bande dessinée. Il aurait pu d'une manière drôle, subtile et intelligente nous montrer de visu des mensonges atlantistes, des hypocrisies politiciennes, la face caché des lobbys féministes ou gays, etc. Mais au lieu de cela, nous avons droit à quelque chose d'aussi mauvais que ce que nous offre le consumérisme occidental. Peut-être même pire. Gratuitement ultra-violent, vulgarité proche de la perversion et absence complète de tout propos intelligent.

Je ne ferai pas le résumé de cette chose qui se veut BD mais j'attirerai l'attention sur la sexualité qu'on y retrouve. C'est d'une infantilité crasse de style "pipi-caca", digne de la "quenelle" du "grand chef de la résistance". On y retrouve l'obsession de Soral pour Arielle Dombasle, qu'on connaissait depuis qu'il a trouvé une VHS d'elle en Espagne et qu'il nous l'a montré en longs extraits dans une de ses vidéos mensuelles. On y retrouve également l'ambiguïté du bonhomme quand il s'agit de sadomasochisme. La moitié de la page 38 est consacrée à une représentation imagée des perversions sexuelles des terroristes : féminisation, ligotage pour torture et servitude. Soral vient nous dire que la Fistinière, c'est satanique mais après, il nous montre le détail en BD. Sous prétexte de dénonciation et de nous montrer "les vraies choses", il fait lui-aussi sa part pour populariser ces pratiques. Mais j'imagine que là, c'est de la "transgression dans le sens du Marquis de Sade" tandis que la Fistinière, "c'est pas pareil"... Je suppose que je ne peux pas comprendre parce que je ne suis pas un initié comme ceux qui fréquentent les forums d'E&R et qui comprennent l'humour subtil de la "quenelle" et du "ferme-là à tout jamais". Quoiqu'il en soit, je me demande ce qu'en dirais le sheikh Imran Hossein si je lui montrais ça en lui disant "Voyez, c'est l'oeuvre de celui qui édite votre livre en français et qui se dit mystique authentique".

Après la Quenelle en haute-mer, autant ne pas parler du DVD de boxe. Seulement, je m'étonne du nombre de musulmans faisant partie de l'association soralienne qui ne bronchent pas devant ce cas flagrant d'idolâtrie. Si l'argent-papier est lui-même du shirk, que dire d'un DVD où un mec qui a perdu son seul combat à vie veut se la jouer "Mohammed Ali". Ça aussi, ça serait à envoyer au sheikh avec la BD. "La leçon du père Soral", alors qu'il a la réputation de se sauver dès qu'il se sent menacé. Soyons braves... fuyons !

Je me tient au courant sporadiquement de l'activité anti-soralienne sur des sites comme L'encyclopédie du soralisme et depuis quelques temps, des réguliers de ce dernier se sont mis en tête d'aller voir ce qui se cache derrière les "PME en partenariat avec E&R". Un certain "Renardeau" a eu la bonne idée d'aller vérifier les titres de propriété sur les bases de données de l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI). On y apprend ainsi que Kontre-Kulture et Instinct de Survie sont enregistrés au nom d'Alain Bonnet. Également, il y a un "ZZSoral" qui raconte en anecdote comment la commercialisation d'E&R a commencé. Je vous le cite ici :

Petite anecdote: Un adhérent motivé d’ER (Alex) a décidé un jour de monter la boutique ER, au départ, Soral s’en foutait complétement, c’était genre « ouais, ouais faites ce que vous voulez » … Donc, Alex lance le projet, en se disant, ER est une association, nous avons besoin d’argent pour les tracts, les affiches, etc … Une belle initiative. Il s’avère qu’en fait, sur 2 semaines – 1 mois, on s’est rendu compte que la boutique rapportait pas mal d’argent ( + ou – 2000 euros par mois, et c’était que de le début). Tout d’un coup, Soral s’y intéresse et que fait-il ? Comme il ne peut pas accéder à l’argent, car appartenant à une association, il décide de monter une autre boutique à son nom « KK » sous un prétexte complétement frauduleux. Certains camarades, dont moi, faisons remarquer l’arnaque, y compris à Soral, qui ballait nos inquiétudes d’un revers de la main. Finalement, après avoir viré les éléments intelligents, il liquide la boutique ER (vous pouvez vérifier sur le site) et lance sa propre boutique. Bilan: Le pognon qui allait à l’association, va directement dans la poche de Soral.

ZZsoral accompagne son propos d'un lien menant à la défunte "boutique E&R", lien toujours actif au moment de la rédaction de ces lignes. Pour le reste, remarquons que l'adresse légale des quatre PME est la même : SARL Culture pour tous, 3 Rue du Fort de la Briche, La Conche, 93200 Saint Denis. Ainsi, nous avons suffisamment d'indications pour croire que Soral ment quand il affirme qu'E&R vient en aide à des PME. Il s'agit plutôt de ses propriétés personnelles comme tout business man mais il n'a pas eu le courage de le dire ouvertement à ses fans.

Tiens, cette histoire de PME soraliennes me donne le goût de jouer à un jeu. Le "sociologue-boxeur" l'appelle "Suivez l'argent" ou encore "Qui paie qui ?" et il l'avait proposé pour "démystifier" Tariq Ramadan. Moi, je propose d'appliquer ce jeu à notre homme. Après tout, il invite lui-même à le faire dans la vidéo d'Hong Kong. Je me demande de quoi Alain Bonnet de Soral a-t-il pu vivre entre son départ du Front National et le démarrage de ses PME. Les soraliens à tout crin me diront qu'il vivait de la vente de ses livres mais je doute que l'écriture de bouquins, même best-sellers, puisse faire vivre quelqu'un dans le Marais à Paris ou à Bayonne (avec femme et enfant, qui plus est). Alors qui a entretenu "AS" au moment de l'élaboration d'E&R ? Bien sûr, je ne suis pas en mesure de répondre ici mais la question reste pertinente à poser. S'est-il laissé vivre sur l'argent de son épouse pendant tout ce temps ? A-t-il été soutenu discrètement par des réseaux dont il a intérêt à ce qu'on en ignore tout ? Nous verrons éventuellement la suite des évènements mais encore une fois, à lui qui nous dit que "Jésus, c'est le patron", qu'il se souvienne que le secret, ça ne fait pas très chrétien.

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Suffit les histoires d'argent et de marchandise. C'est toujours la même rengaine, "il y en a encore long à dire", mais je tiens à terminer un jour cette troisième partie au coup de gueule. Il est maintenant temps de passer au plat de résistance avec mes accusations les plus importantes contre Soral et le soralisme, c'est à dire le délire interprétatif religieux et la dérive sectaire de plus en plus manifeste. Tout récemment, j'ai remis la main sur livre anti-Raël de Maryse Péloquin, Raël, voleur d'âmes. Biographie d'un menteur, paru en 2004 chez l'éditeur québécois Trait d'Union et assurément le meilleur ouvrage sur Claude Vorilhon. Je ne peux m'empêcher de remarquer que Soral et Raël ont un point en commun : ils sont tous deux des amuseurs publics formés par et pour les médias qui se sont finalement retrouvé "lâchés lousses dans la nature". Fort de leur aura médiatique, les deux se sont formé une petite cour d'admirateurs desquels ils vivent à leur dépends. Les deux groupes, les raéliens et les soraliens, ont tous deux cette caractéristique d'être très centrés autour de la personnalité de leur chef. Cette idéalisation de la figure d'autorité est l'un des critères des plus importants pour indiquer la dangerosité d'une secte. Il suffit que le gourou "pète les plombs" ou qu'il meure dans des circonstances subites et tragiques pour que le reste de l'organisation en arrive aux pires extrémités. Maryse Péloquin averti ses lecteurs que derrière les accoutrements grotesques de Vorilhon se cache la dangerosité réelle de cette tribu trop "tricotée serrée" et dans une moindre mesure, je suis enclin à croire qu'il en est de même avec les soraliens et leur icône. Je me propose de relire l'ouvrage de madame pour voir s'il n'y aurait pas d'autres points communs entre les deux lascars.

Le destin est venu à mon aide pour démontrer le délire religieux soralien. Le 11 février dernier, le pape Benoit XVI remettait sa démission, ce qui a entraîné une réaction en chaîne prévisible chez les petits gobelins d'E&R. Au moment de la rédaction de ces lignes, à l'article qui annonce la nouvelle, il y a 340 commentaires, c'est à dire largement davantage que la moyenne régulière. Il rejoint presque le nombre de commentaires des vidéos mensuelles du gourou, qui pour janvier 2013, atteint les 600. L'essentiel de ses commentaires sur la démission du pape sont des délires zozotériques sur le chiffre 11, la magie et "Saint-Malachie", de la bigoterie pathétique et des affirmations sans fondements de "spécialistes" auto-proclamés. Terreau fertile pour une explosion de violence irrationnelle (qui a déjà lieu pour les malheureux qui ont contesté certains dogmes de la maison et qui ont eu à se taper toute la hargne dont la meute est capable).

Ayant cité le masochisme plus haut, je vous avoue qu'il m'arrive de le pratiquer : quelques fois, je lis l'ensemble des commentaires lorsqu'il y a sur E&R des articles concernant la religion, l'ésotérique et tout ce genre de choses. Entre autres, je me suis tapé tout ce qui s'est écrit sur les deux articles vidéos concernant la démission du pape, Le pape Benoit XVI annonce sa démission et  Le Vatican foudroyé le jour du renoncement de Benoit XVI et je songe à en faire un bêtisier avec les extraits les plus intenses. Le second article démontre bien le côté "sensationnel", dans le sens des mass-médias, de la revue de l'actualité par E&R. Il n'a même pas été réellement établi que la foudre a frappé l'endroit le jour fatidique et déjà E&R relaie comme un fait certifié. Qu'importe la rigueur journalistique, l'équipe soralienne ne pouvait manquer une pareille occasion, elle savait bien qu'il y aurait là un flot de commentaires (plus de 150, un très bon score). Je ne suis pas le seul à remarquer ce genre de tricherie dans les relais d'info du site. Sur L'encyclopédie du Soralisme, Randall amène le même propos (28 janvier 2013 à 8:52) :

Autre reproche au site d’E et R, leur désinformation, et manipulation, notamment dans les titres d’article.
Loin de moi l’idée de défendre Caroline Fourest (mais comme d’habitude, E et R et sa mauvaise foi nous pousse à défendre l’indéfendable), mais elle était passée à la TV lors de la manif anti mariage homosexuel du 13 janvier, et avait déclaré maladroitement certes :  » 98 % des tordus et délinquents sont des enfants d’hétéros » ou un truc du genre. E et R, dans sa manipulation des propos a transformé cela avec une très mauvaise foi en : « Caroline Fourest déclare que 98 % des enfants d’hétéros sont tordus ou criminels », ce qui ne veut absolument pas dire la même chose.
Et ce genre de procédé digne des pires médias du système envers leurs ennemis, sont récurrents chez E et R, très souvent. Au point que plusieurs commentateurs sont obligés de corriger le tir, et faire la remarque, qui passe quasiment inaperçue dans le flot d’injures, et de haine tout autour.

Il est évident que Caroline Fourest ne va pas dire une énormité du genre  » 98 % des enfants d’hétéros sont tordus », n’importe qui, même un ennemi de Fourest un peu honnête et qui réfléchit un minimum comprend ce qu’elle a voulu dire. Mais le public d’E et R, non, ils ne réfléchissent pas, ils prennent l’info comme elle est servie par le site E et R sans tilter une seconde que ça n’a aucun sens.

C’est très grave
Ce qui avait déjà été dit en plus court par Antonio (27 janvier 2013 à 3:32) :
quand on pratique la censure dès qu’il y a une information véridique et sourcée qui vient contredire un article d’E&R, alors on est dans la malhonnêteté et la manipulation.
Le but du site d’E&R est de sélectionner des sources et des infos qui vont confirmer que les idées de Soral sont les bonnes en toutes circonstances.
Rien que ça, suffit à dégonfler la baudruche, soyez capable de le voir.

Dans le cas de la foudre sur le Vatican, c'est peut-être encore pire que l'exemple de Randall avec Fourest car E&R y encourage sciemment le délire religieux/ésotérique/satanique/magique. Ceci dit, je comprend que l'équipe soralienne préfère les ouï-dires religieux à la rigueur des faits rapportés. Outre le fait que la majorité des guignols qui achèteront du Kontre-Kulture sont dans ce délire métaphysique, c'est moins de travail pour elle. Un peu comme Johan Livernette quand il fait une conférence : il commence par des déclarations authentiques sur le Nouvel Ordre Mondial de gens comme Reagan, Sarkozy et Rockefeller pour ensuite tomber dans le new age sous couvert de "volet spirituel de la dénonciation" et là, se la couler facile car plus besoin de se justifier comme un historien, n'importe quel propos fait l'affaire. Idem pour l'équipe soralienne qui gère le site d'E&R.

Si Alain Soral et l'équipe d'E&R désirent tellement s'aventurer dans le domaine du magique, du symbolique et du paranormal, il existe de nombreuses manières de l'aborder avec une rigueur scientifique. Par exemple le phénomène OVNI, qui est encore un mystère mais où il y a assez d'éléments tangibles pour une recherche sérieuse, avec de véritables scientifiques de formation comme J.Allen Hynek, Jacques Vallée, Stanton Friedman ou Bertrand Méheust. Ou encore la question de la "ancient astronauts theory", qui explique mieux la construction de la pyramide de Gizeh, celle de Visoko en Bosnie, le temple de Jupiter à Baalbek avec son seul bloc de 12 000 tonnes (appelé "la mère enceinte"), Machu Pichu et surtout Puma Punku en Bolivie, que les hypothèses habituelles de billots de bois dans le désert ou à très grande altitude. Ou même les recherches académiques sur le métapsychique, comme à l'Institut Métapsychique International et autres facultés universitaires. Mais bon, reste à savoir si ce que veut le cercle intérieur d'E&R est la recherche sans compromis de la vérité ou faire de l'auditoire à tout prix pour y vendre des marchandises kontre-kulturelles.

Parlant de délire religieux, il faut aussi savoir que le soralisme est un messianisme. Selon la mythologie du groupe, l'homme a sacrifié une grande carrière dans les médias pour défendre Dieudonné et la vérité. Mais la réalité ne corrobore pas le mythe soralien : le sociologue boxeur a vite compris qu’il ne dépasserait jamais le stade de l’invitation occasionnelle sur un plateau de télévision et qu'il en resterait toujours un amuseur public comme Raël. Il s’est offusqué de ne pas pouvoir aller plus loin et comme à son habitude, il a décidé de claquer la porte. Dans ce cas-ci, la porte claquée fut la défense de Dieudonné. Soral défendant Dieudonné par pur dévouement, quand on connaît l’étendue de son ego ? Par sa prétendue « mort médiatique » et sa « résurrection » avec les vidéos mensuelles d’E&R, le soralisme est bel et bien un messianisme, une réplique grotesque du christianisme digne de la messe des ânes. Les vidéos sont la communion, et il y a même du vin qui symbolise du sang (le « sang de la Terre »).

Toujours dans le délire religieux et maintenant avec une mention de la mégalomanie de l'homme, je peux passer à ce que je considère comme étant le pire du soralisme, c'est à dire le "projet sociétal" que nous propose Alain Bonnet de Soral. C'est à Hong Kong que notre lascar a décidé d'exprimer le fond de sa pensée sur le sujet. Dans le cadre d'une réaction face à des gens qui défendent Jean-Luc Mélenchon, Soral en arrive à une extrémité bien pire que le frère .: sénateur socialiste des Lumières. Je le cite : "J'estime que je suis plus formé que vous, et moi je veux passer par un processus révolutionnaire et faire votre bien malgré vous, parce que bien souvent vous ne savez pas ce qui est bon pour vous" (partie 2 à 51:51).

Les soraliens auront beau me rétorquer que ces propos ne s'adressaient pas à tout le monde mais à ceux qui croient à la "subversivité anti-système" de Mélenchon, reste que s'auto-proclamer être plus compétent et s'en justifier pour empiéter sur la liberté des autres, c'est inacceptable. Après les tenants du Front de Gauche, de qui d'autre Soral s'estimera-t-il mieux formé et se justifiera-t-il pour empiéter sur sa liberté "parce qu'il sait mieux que lui ce qui est bon pour lui" ? Et après "Poupeto-c'est-moi", ce sera au tour de Laïbi ou Livernette d'avancer le même propos, de s'en prendre à ma liberté personnelle sous prétexte que j'ai des livres d'Aleister Crowley dans ma bibliothèque ou que j'ai critiqué le soralisme et "qu'ils savent mieux que moi ce qui est bon pour moi et me l'imposeront par la force"  ?

Le vrai cauchemar, c'est quand j'associe cette citation de Soral à Hong Kong avec le délire ésotéro-satanique et l'invitation faite aux soraliens à se rendre en Bretagne pour se battre au couteau contre Clément Moulin. Là on obtient un cocktail véritablement explosif, digne de la constitution d'une petite milice extrémiste. Sans compter que cette histoire du "boxeur hégélien" qui s'estime "mieux formé que les autres" pour la gouvernance politique me fait irrésistiblement penser à la "géniocratie" prônée par Raël. Soral affirme que le système veut nous amener à un conflit des civilisations mais lui-même, par son attitude et ses discours, en fait beaucoup pour nous faire vivre dans un climat de confrontations sociales permanentes. L'instinct de survie c'est bien, cela a permis à l'espèce de se perpétuer et à passer à travers des crises graves mais il n'empêche que c'est également ce qu'il y a de plus bas dans l'homme. L'instinct de survie, c'est aussi penser à sa petite gueule au moment où les grands idéaux appellent au sacrifice de soi. En termes guénoniens, l'instinct de survie, c'est de la substance et du quantitatif, pas de l'essence et du qualitatif. La virilité, ça se mesure en fonction de son détachement de l'instinct de survie.

À la suite des travaux de métapsychique que j'ai nommé précédemment, je pense qu'il existe de grandes possibilités inexploitées cachées dans le fond de notre cerveau et de notre psychisme. Je pense également que ce potentiel est un atout inestimable, voire essentiel, pour que les peuples puissent s'affranchir de ces affreux banquiers de Wall Street, ces généraux de l'OTAN et ce sionisme qui n'est autre que le projet d'esclavage de l'humanité pour une poignée d'élus. Mais il n'est pas facile de s'y intéresser lorsqu'il y a quelqu'un autour toujours prêt à hurler "Satanisme !". C'est là que je considère que des gens comme Laïbi et Livernette sont des auxiliaires objectifs du système. Avec leurs discours de chasse aux sorcières remake 21ième siècle, leurs dénonciations de "sorcellerie des élites", "magie noire", "new age" et vaudou, ils sont l'autre partie de la tenaille (la première est le déni des mass-médias que ces "pouvoirs" existent) pour empêcher le développement du métapsychique dans la population en général. Et sur ce point, je leur en veux profondément et j'en veux à Soral de cultiver sciemment l'ambiance malsaine où ce zozotérisme putride prolifère. C'était le facteur premier de la discorde lorsque je participais aux forums d'E&R et c'est encore le point le plus important que j'ai à reprocher au soralisme. C'est à partir de là que je peux mesurer à quel point tout ce qui relève de "AS" et sa bande de deux de pique est complice du mondialisme.

Ce n'est pas encore fini, on peut en écrire encore plus, mais je vais m'arrêter ici pour l'instant. Écrire uniquement pour s'attaquer à quelqu'un ou quelque chose n'est pas ce qu'il y a de plus amusant et je commence à me lasser. Il faudra quand même revenir sur San Giorgio dont le vrai nom est Falotti. J'ai davantage d'estime pour lui que pour Soral mais je trouve sa situation manifestement très trouble. Il raconte lui-même qu'autrefois, il était du "côté obscur" en marketing informatique et aujourd'hui, je ne suis pas sûr qu'il en soit réellement revenu...

Charles Tremblay

mercredi 20 février 2013

Le musulman zététicien et Jésus : Info ou intox ?

Le 21 janvier dernier, la Jérusalem des Terres Froides a publié un article sur Paul-Éric Blanrue, l'homme qui tente de concilier le scepticisme/matérialisme/zététique "à la Henri Broch" avec l'Islam. Un sympathique commentateur anonyme a souligné qu'il existe un texte du Cercle Zététique où notre ami Blanrue remettait en cause l'historicité de Jésus. Cet article est toujours accessible au moment de la rédaction de ces lignes mais par simple précaution au cas où il serait retiré ou que le site devait fermer, la JTF vous le présente ici.


---Une imposture de 2000 ans?---
Jésus : info ou intox

Le doute est le premier pas vers la science ou la vérité; celui qui ne discute rien ne s'assure de rien; celui qui ne doute de rien ne découvre rien ".
Diderot, phrases (censurées) de l'Encyclopédie.

Le 25 décembre 1999 s'est ouvert le Grand Jubilé catholique. Pendant un an, l'Église va célébrer avec faste la naissance du Christ. A cette occasion, le Cercle Zététique décide d'aborder un sujet brûlant. Attentif aux démonstrations fondées sur le concret, il décide de poser franchement la question à laquelle personne ne pense :

Jésus-Christ a-t-il existé?


 Constatant avec regret que, malgré quelques tentatives de débat au début du XXe siècle, ce sujet reste délaissé par les spécialistes d'histoire ancienne, il lui semble qu'il est plus que temps de s'interroger en profondeur sur le principal mythe fondateur de notre civilisation et de faire participer le public à cette réflexion.

Sur l'existence de Jésus, les thèses se segmentent en cinq grandes tendances :

* La thèse traditionaliste : pour la frange conservatrice des catholiques et les intégristes, tout ce qui est consigné dans les Évangiles est absolument authentique. Ces récits sont de parfaits documents historiques, rédigés par des témoins directs, inspirés par le Saint Esprit. Les contradictions que l'on y découvre ne sont qu'apparentes. Cette thèse fait de nos jours un retour en force, avec les publications à prétention scientifique de chercheurs chrétiens tels que Thiede.

* La thèse séculariste : le Jésus dépeint dans les Évangiles ressemble de près au Jésus ayant existé au Ier siècle de notre ère, mais certains détails plus ou moins légendaires ont été ajoutés (naissance virginale, certaines paraboles, les miracles etc. - selon l'optique des auteurs, la Résurrection fait ou non partie de ces détails). C'est la thèse prédominante aujourd'hui (Stanton, Duquesne,...). Elle est consignée dans les manuels scolaires.

* La thèse cryptique : Jésus a existé, mais il n'a pas du tout été l'homme représenté par les évangélistes. Selon les interprétations, il a été un révolutionnaire, un Juif millénariste, un sicaire, un zélote etc. Un tel point de vue a été partagé par l'ex-abbé Turmel, Eisler, Rougier,...

* La thèse minimaliste : Jésus a existé, mais on ne peut avec certitude le dépeindre tel qu'il était, ni décrire ce qu'il a accompli, car le mythe a entièrement recouvert le personnage. C'est l'option choisie par Loisy et Guignebert.

* La thèse mythiste : Jésus n'a pas existé. Aucun document probant n'atteste son existence. Les diverses interprétations des historicistes, additionnant les conjectures, ne font que compliquer le problème. De nombreux indices portent à croire que Jésus n'est qu'un mythe au même titre que Mithra ou Apollon. Qu'il est le fruit d'une élaboration théologique tardive. Ce courant a été dominé par les travaux de Couchoud, Alfaric, Las Vergnas, Fau, Ory.

Les trois derniers courants partagent l'idée que les Évangiles ont été écrits tardivement et que leurs auteurs ont contrefait l'histoire. Leur divergence porte seulement sur le fait que les uns suggèrent que Jésus est un homme divinisé, tandis que les autres estiment qu'il s'agit d'un Dieu humanisé.

Rejetant sans ambages la thèse traditionaliste, outrancière et antiscientifique, le Cercle Zététique n'a pas la prétention de trancher ici de façon définitive entre les autres options ni d'ériger un nouveau dogme historique. Néanmoins, il lui paraît anormal, sur un strict plan argumentaire, que la thèse mythiste soit aujourd'hui ignorée, méprisée, par les " professionnels de la profession ". Il lui semble même scandaleux qu'une telle thèse soit systématiquement occultée - et demeure ainsi inconnue du grand public.

Le CZ revendique le droit du public à une histoire démythifiée des religions, établie selon les critères habituels en usage en histoire. Il estime qu'il est dommageable que l'étude des origines chrétiennes reste un domaine réservé, dans lequel textes et documents échappent à une méthode critique de routine. Il réclame le droit des historiens à poser publiquement des questions qui ne souffrent pas débat pour des raisons injustifiées.

Au premier abord, la thèse mythiste paraît folle, excessive, impossible. Comme l'inexistence de Noé paraissait folle aux Hébreux (et aux catholiques il y a à peine un siècle) , comme celle d'Osiris paraissait excessive aux anciens Égyptiens, comme celle de Guillaume Tell paraissait impossible aux nationalistes suisses...

Pour donner au lecteur de ces lignes un aperçu des contreforts sur lesquels s'appuie la thèse mythiste, Paul-Éric Blanrue en annexe ci-après un bref exposé " initiatique ". Pour faciliter la lecture, les références ont été supprimées intentionnellement. Cet exposé reprend une partie du n°7 des Cahiers Zététiques. Il constitue aussi une introduction au n°15 d'Enquêtes Z, consacré à Jésus, qui paraîtra au printemps 2000 (50 FF).

Quelques éléments incitant à douter de l'existence physique de Jésus Christ 

Depuis quelques décennies, évoquer le caractère légendaire d'Adam ou de Noé ne pose plus de problème à l'Église. En revanche, soulever la question de l'historicité de Jésus suscite un malaise qui confine à la panique. Il n'est pas difficile de cerner les causes de ce malaise : l'historicité de Jésus Christ ne peut être mise en doute, les principaux événements de sa vie, ses paraboles, son enseignement ne peuvent être soumis à discussion, sans que l'on relativise en retour le pouvoir d'une institution gouvernant un milliard d'âmes. Contrairement à l'Ancien Testament, qui traite de la première Alliance passée entre Dieu et les hommes, Alliance qui dans la vision chrétienne du monde a échoué, le Nouveau Testament a la prétention de rendre compte de l'Alliance en vigueur aujourd'hui, du Plan de Salut destiné à nos générations depuis 2000 ans. Si la tirade du Christ au premier pape supposé (" Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ") était reconnue interpolée, que faudrait-il penser de celui qui s'en proclame le successeur?

Ajoutons à cela qu'il existe un certain nombre de blocages dans le mode de fonctionnement de l'Église, qui l'empêchent de nuancer des affirmations essentielles - celles présentées à l'adhésion des fidèles comme " vérités de foi " par le magistère extraordinaire de l'Église (les dogmes, du grec dogma, opinion). Le vulgum pecus catholique n'a pas le droit de s'interroger à leur propos, puisqu'elles sont une partie intégrante de la Révélation. Or certaines font directement référence aux Écritures : la virginité de Marie, le sacrifice expiatoire de Jésus sur la Croix, son procès placé sous Pilate (seul personnage historique apparaissant dans le Credo)...

Pauvreté des sources profanes

Pour se faire une idée du Jésus historique, il faudrait d'abord chercher nos renseignements dans la littérature profane contemporaine des faits allégués, puisqu'elle seule n'est pas a priori altérée par des considérations religieuses. Mais les textes qu'on nous propose sont problématiques.

1) Carence des témoignages païens

Eusèbe a fait justice des Procès-verbaux de Pilate, dont se targue Tertullien. Nous ne possédons aucun acte officiel des autorités romaines se rapportant à Jésus.

Les auteurs du Ier siècle ne sont guère plus loquaces :

- Pline l'Ancien (23-79) ne souffle mot de Jésus ni d'une communauté chrétienne de Jérusalem, alors qu'il visite la Palestine trente ans après les événements supposés et qu'il prend soin de noter la présence des esséniens;

- même silence chez Perse (34-62), chez Martial (40-104), chez Sénèque (-4-65) bien qu'on ait fabriqué de toutes pièces une correspondance entre ce philosophe et St Paul ;

Les témoignages du IIe siècle nous sont d'une très faible utilité :

- Tacite (55-120), dans un texte de ses Annales, composé vers 115, aurait raconté la persécution des chrétiens de Rome par l'empereur Néron. Celui-ci les aurait accusé d'avoir allumé l'incendie qui ravagea la Ville en l'an 64. Tacite est censé avoir précisé que le nom de ces chrétiens " leur venait de Christ qui sous Tibère, fut livré au supplice par le procureur Ponce Pilate ". Mais, comme l'ont prouvé les historiens critiques, ce pseudo-témoignage est une interpolation;

- Pline le Jeune (62-114), gouverneur de Bythinie, demande à son ami l'empereur Trajan en 112 " comment il convient de se conduire à l'égard des chrétiens ". Mais il ne nous apprend rien sur l'existence de Jésus. Tout juste signale-t-il l'existence d'une communauté chrétienne au début du IIe siècle, mais l'on ne prouve pas l'historicité d'un dieu par la croyance de ses fidèles, sinon il faudrait croire à celle d'Hercule, de Marduk, d'Apollon, d'Asclépios dont les anciens vénéraient les tombeaux, respectivement à Cadix, Babylone, Delphes, Épidaure...;

- Suétone (69-125), dans sa Vie de Claude, écrit que l'empereur " chassa de Rome les juifs qui s'agitaient sans répit à l'instigation de Chrestus ". L'opération se passe en 50 - or l'on fait mourir Jésus aux alentours de l'an 30. De plus, Christos et Chrestos sont deux mots différents, l'un signifiant " l'oint " (désignant une personne consacrée), l'autre se traduisant par " le bon " et faisant parfois office de nom propre (le préfet du prétoire Ulpien avait un adjoint qui portait ce nom, par exemple). On ne tire pas grand chose de tels passages.

- les autres auteurs païens, comme Plutarque (46-120) ou Juvénal (60-140), sont d'un silence imperturbable sur la personne de Jésus.

2) Carence des témoignages juifs

Carence d'autant plus surprenante que Jésus doit avoir vécu parmi ce peuple et qu'il est l'un des siens.

- Aucune allusion dans Philon d'Alexandrie (-13-54), qui a écrit plus de cinquante traités, dont une Ère de Pilate, et dont la philosophie du Logos ressemble à s'y méprendre à celle des anciens chrétiens;

-Rien dans l'Histoire des Juifs de Juste de Tibériade, au nom qui rappelle sa Galilée natale, où il a vécu et combattu les Romains;

- Peut-on faire mention du témoignage de Flavius Josèphe (38-94)? Dans ses Antiquités judaïques, on a cru trouver un passage significatif où l'historien évoque en Jésus " un homme sage, si toutefois il est permis de l'appeler un homme ", qui " était le Messie ". Il est aujourd'hui établi que ce passage est une forgerie chrétienne que ce juif pharisaïque n'aurait pu écrire sans aussitôt " courir au baptême ". Origène (185-354) assure que Josèphe " n'a pas montré que Jésus est le Christ " : l'ajout a donc été effectué par la suite;

- Le prétendu témoignage du Talmud est inconsistant. Le recueil a été composé trop tard pour qu'on lui accorde créance. La légende du soldat romain Panthera et de la " prostituée juive " Marie, reprise plus tard par le païen Celse, n'est visiblement qu'une caricature des Évangiles et un morceau de polémique antichrétienne.

Que conclure du silence abyssal des auteurs profanes? Il nous permet dans un premier temps d'apprécier à leur juste valeur les allégations des apologistes traditionalistes, dont certains ne craignent pas d'écrire qu' " il n'est guère de ses contemporains (à Jésus), même illustres, sur lesquels nous soyons aussi bien renseignés " (Raffard de Brienne)! Au mieux, nous pouvons accorder que ces textes, lorsqu'ils n'ont pas été remaniés, nous narrent les débuts des premières communautés chrétiennes, dans le premier quart du IIe siècle. Ce dont personne n'avait douté, puisqu'il faut un début à tout...

Quant à la vie de Jésus proprement dite, à son enseignement, à sa mort sur la croix et à sa Résurrection, il faut se résigner à ne les chercher que dans les documents chrétiens. Ces documents constituent notre seule et unique source. Pouvons-nous nous y fier ?

Les Évangiles et la question de leur datation

1) Position du problème

Les sources chrétiennes dont nous disposons se réduisent au Nouveau Testament. Dans ce recueil de vingt-sept livres, seuls les quatre Évangiles (du grec eu-aggelion, " bonne nouvelle ") décrivent les épisodes détaillés de la vie de Jésus et nous entretiennent des grands traits de sa prédication. Les Actes des apôtres ne retracent que l'histoire des premières missions chrétiennes, l'Apocalypse est un livre ésotérique et les Épîtres sont des écrits épistolaires relatant les difficultés rencontrées par les apôtres dans la propagation de leur foi.

On ne sait rien des prétendus rédacteurs des Évangiles, Matthieu, Marc, Luc et Jean, sinon ce qu'en rapportent d'improbables traditions qui ne s'accordent pas sur leurs origines. Les exégètes catholiques ont garanti la teneur des Évangiles par le fait que tous quatre avaient été témoins privilégiés (et certains oculaires) des événements. Rien n'est moins sûr.

A défaut de connaître l'auteur d'un texte (ce qui est gênant mais non rédhibitoire), il faut au moins, pour juger de la crédibilité qu'il convient de lui attribuer, évaluer la date de composition de ce texte afin de s'assurer qu'elle ne s'éloigne pas trop des faits qu'il rapporte. Plus elle s'en écarte, plus les faits risquent d'être dénaturés.

Dans le cas des Évangiles, le problème de datation ressort de l'absence des originaux des documents. Les plus anciennes copies complètes, le codex Vaticanus et le codex Sinaïticus, ne remontent qu'au IVe siècle, rendant vaines analyses d'encre et études paléographiques. Les exégètes se sont donc lancés dans une étude interne, afin d'observer si le contenu des textes nous informait sur l'époque de leur rédaction. Beaucoup s'y sont cassé les dents. La question suscite de vives querelles car de la réponse qu'on y apporte dépend la valeur testimoniale des Évangiles. Les conséquences doctrinales ne sont pas minces.

2) Les Évangiles ne sont pas des " premières mains "

Le texte des Évangiles que nous lisons aujourd'hui n'est pas une " première main " qui nous serait parvenue ne varietur. Ce texte est l'aboutissement d'un effort rédactionnel de longue haleine, le résultat de couches successives.

Les exégètes ont remarqué que les trois premiers Évangiles, ceux attribués à Matthieu, Marc et Luc, se ressemblaient suffisamment pour qu'on puisse établir entre eux des correspondances lorsqu'on les répartissait sur des colonnes parallèles - d'où leur nom d' Évangiles synoptiques. Des études ont montré qu'ils n'avaient pas été copiés l'un sur l'autre, compte tenu des contradictions qui s'y dévoilent.

On est un temps parvenu à la conclusion que Marc était le plus ancien de tous parce qu'il se retrouvait en entier dans les deux autres. Le " plus " que Matthieu et Luc ont en commun porte essentiellement sur des questions d'enseignement : il leur serait venu d'une seconde source, appelée Q (de l'allemand Quelle, " source "), qui aurait été constituée des Logia de Jésus, c'est-à-dire des paroles que celui-ci aurait prononcées durant sa prédication, sans la narration qui les accompagne d'habitude (cette source restant hypothétique dans la mesure où personne ne l'a retrouvée.) Le " plus " qu'ils auraient chacun pris isolément résulterait de traditions parallèles.

Mais les exégètes ont découvert, en scrutant les répétitions injustifiées de l'Évangile dit " de Marc ", qu'on croyait jusqu' alors tiré des souvenirs de l'apôtre Pierre, qu'il était lui aussi un document composite, compilation d'au moins deux traditions antérieures.

Les choses se sont encore compliquées dès qu'il est apparu qu'en certains endroits Matthieu et Luc étaient plus anciens que Marc! Il y aurait donc eu une rédaction de Marc avant Matthieu et Luc - et une autre après. A moins que Matthieu et Luc n'aient préféré se plonger directement dans les sources de Marc? A partir de là, les hypothèses sont allées bon train.

De plus en plus d'exégètes avancent que les Évangiles se sont constitués à partir " de sources lointaines, au moyen de petites unités rassemblées peu à peu, parfois sans lien (...) ". Des clercs auraient " rassemblés les prétendus "mémoires" glanés dans les églises, puis les collections ainsi faites se sont retrouvées dans les Évangiles sans qu'il y ait eu reproduction servile d'un recueil constitué ", comme l'écrit J.K Watson en reprenant l'idée du jésuite X.L.Dufour.

De quand datent les plus anciennes unités, les couches les plus proches des événements qu'elles sont censées relater?

Certains ont cru à une rédaction antérieure à l'année 70 puisque Marc prophétise la ruine de Jérusalem qui eut lieu précisément cette année-là. L'argument n'est valable qu'à condition que l'on dispose aujourd'hui du texte original, ce qu'il importe justement de prouver - et il se retourne vite contre lui-même puisqu'il suppose que le don prophétique de Marc est authentique et non construit après coup pour les besoins de la démonstration. Repousser au IIe siècle la totalité de la rédaction initiale n'est guère plus probant, sinon comment expliquer les passages manifestement anciens où le retour glorieux du Fils de l'Homme est annoncé avant que ne prenne fin la " génération des disciples "?

Il apparaît néanmoins qu'entre la rédaction initiale des plus vieilles unités, leur rassemblement et leur composition définitive, les étapes se multiplient - et le temps s'allonge. De nombreux passages ont un caractère trop théologique pour être d'origine : la formule trinitaire de Matthieu, par exemple, suppose une élaboration doctrinale invraisemblable dans les premières communautés; le Tu es Petrus, ignoré au IIe siècle par les docteurs et les apologistes comme Clément d'Alexandrie ou Irénée de Lyon, implique un certain développement de l'institution ecclésiale etc.

Les remaniements se comptent par centaine. S'ils varient parfois d'un exégète à l'autre, il est absurde d'en nier la réalité, eux seuls permettant d'expliquer les innombrables contradictions contenues dans les Évangiles, les multiples Jésus qu'on a pu y trouver. Ils suffisent à interdire d'attribuer à chaque Évangile une date fixe. " Chaque verset a son âge ", écrivait G. Las Vergnas, et il paraît vain de chercher à suivre leur évolution pas à pas.

3) Le témoignage des Pères de l'Église

Il y a mieux que l'étude interne, qui fait grande part à la subjectivité : c'est d'interroger les plus anciens auteurs chrétiens sur leur connaissance des Évangiles. Par leurs premiers lecteurs, nous saurons l'ordre d'apparition de ceux-ci et leur contenu primitif. La méthode n'est pas parfaite, mais elle a l'avantage de reposer sur du concret, quoique lacunaire.

En ce qui concerne l'ordre d'apparition des Évangiles dans l'histoire, une période butoir apparaît au premier coup d'oeil : les années 170. Les quatre Évangiles sont connus du Fragment de Muratori, écrit aux alentours de cette date, du Diatessaron de Tatien, qui en fait un amalgame autour de 172, et de St Irénée, vers 185. Quel que soit le texte que l'on privilégie, il n'y a pas à revenir sur la certitude (autant qu'on peut en avoir en histoire) qu'à partir de cette période l'Église primitive connaît les récits de Matthieu, Marc, Luc et Jean et leur porte assez de considération pour les préférer à la soixantaine " d'apocryphes " qui jusque là leur était concurrents et que l'Église citait régulièrement au cours du IIe siècle.

Il est permis de penser qu'alors ces quatre Évangiles n'ont pas une grande ancienneté, puisque St Justin les ignore, vers 160 (il ne possède que les Logia pour bâtir sa Vie du Christ). Ce qui ne signifie pas, naturellement, que tout ait été inventé après lui, mais que la construction de l'édifice évangélique n'était pas achevée lorsqu'il écrivait.

Peut-on tenter une date haute à la mise en circuit des différentes briques qui ont servi à bâtir cet édifice? A supposer qu'il faille croire Eusèbe qui écrivait au IVe siècle et qui nous offre plus d'une fois des preuves de sa non-fiabilité, la mention la plus ancienne que l'on possède des Évangiles serait celle de l'évêque d'Hiérapolis, en Phrygie, Papias, vers 150. Encore celui-ci ne connaît-il que Marc et Matthieu. L'Evangélion de Marcion, écrit vers 140, les ignore : on a même été jusqu'à penser que Luc l'aurait copié en se démarquant des options gnostiques de l'hérétique, ce qui est fort possible.

Mais est-on assuré du contenu des Évangiles de cette époque? Non. Si le nom de quelques évangélistes est attesté, nous ne savons rien ou presque du contenu des Évangiles qui leur sont attribués. Papias a lu deux Évangiles différents de ceux que nous connaissons, jugeant par exemple Marc " désordonné ", alors qu'il est reconnu que celui-ci pèche au contraire par excès d'organisation. Les polémistes païens comme Celse, Porphyre ou Tryphas, dans des controverses acerbes, n'ont-ils pas rejoint les craintes des chrétiens tels que Denys de Corinthe ou Irénée de Lyon, en condamnant le trafic des textes? Ils nous incitent à penser que pendant assez longtemps de " pieux auteurs " ont remanié les textes à leur convenance. St Jérôme, au IVe siècle, se plaindra encore de la falsification et du mélange des Écritures (le pape le chargera d'ailleurs de les " harmoniser " dans une version latine).

Il devient donc très vraisemblable qu'à la seconde moitié du IIe siècle si des bribes d'Évangiles existent certainement, si le nom de certains auteurs leur est déjà accolé, nos quatre Évangiles ne sont pas encore définitivement constitués. Cette étape ne sera franchie, au mieux, que vers 170. Ce n'est toutefois qu'au IIIe concile de Carthage, en 397, que le Nouveau Testament prendra sa forme actuelle (sans l'Apocalypse, qui pose d'autres problèmes). Soit au IVe siècle.

Nous sommes loin des dates habituellement avancées : Marc vers 65-70, Matthieu vers 75-90, Luc vers 65-80... - plus loin encore de l'optimisme démesuré de Tresmontant qui affirme que le récit de Matthieu date d'avant 36! Dans le meilleur des cas, de telles échelles ne peuvent jamais que situer la rédaction des quelques premières bribes évoquées plus haut, mais leur importance doit être tenue pour négligeable.

La rédaction définitive des Évangiles est donc à chercher beaucoup plus tard, plus de 100 ans après les événements qu'ils entendent relater. Elle a été précipitée pour supplanter les hérésies qui se répandaient, ce dont convient St Irénée. Il fallait faire coïncider les Écritures avec la foi des premières communautés. L.Rougier écrivait : " Les Évangiles sont rédigés pour l'endoctrinement des néophytes, la réfutation des hérétiques, la confusion des juifs endurcis, les besoins de la liturgie ".

Comme ils n'ont été formés qu'en vertu de critères théologiques, en reprenant à leur compte un ensemble de traditions écrites et orales, dont le genre veut que la dominante soit hagiographique, les Évangiles nous renseignent davantage sur la foi des premiers chrétiens (ils en sont l'expression) que sur Jésus lui-même - si toutefois il a existé, ce dont nous sommes en droit de douter sérieusement comme nous allons le voir. Se frayer un chemin à travers les amplifications catéchétiques opérées par les correcteurs au cours des deux premiers siècles et les erreurs des copistes (on écrivait alors sans séparer les mots) relève de la gageure. Le prudent Père Lagrange estimait que les Évangiles étaient " insuffisants comme documents historiques pour écrire une histoire de Jésus Christ " : selon lui, ils en étaient plutôt un " reflet ". Un reflet déformant jusqu'à quel degré?

Les récits de la Nativité

1) date de naissance ?

L'Évangile de Marc, considéré comme le plus ancien par la plupart des spécialistes, n'en dit mot. L'Evangélion de Marcion, certainement antérieur aux Évangiles, raconte comment un Jésus déjà adulte descendit sur Terre autour des années 30. Phénomène curieux, ses adversaires du IIe siècle ne le réfutent par aucun argument de nature historique, aucun témoignage, mais par une prophétie d'Isaïe...

C'est donc peu avant la moitié du IIe siècle, que les fidèles commencent à réfléchir et à tenter de situer chronologiquement un fait qui aurait eu lieu environ 150 ans auparavant... D'où les contradictions étonnantes que rencontre l'exégète dans les récits évangéliques dits " de la Nativité " - et la question posée dès le début de la valeur testimoniale à leur accorder. Ne devrait-on pas penser qu'une date de naissance est un fait brut et non une élaboration théologique ultérieure?

Ces contradictions, par quelque biais qu'on les prennent, sont insurmontables. Elles ne peuvent en aucun cas s'accorder.

A première vue, Matthieu et Luc sont sur la même fréquence. Pour le premier, le Christ est né " au temps du roi Hérode ". Pour le second, Marie conçoit six mois après sa cousine qui, elle, conçoit " aux jours Hérode, roi de Judée ". Les deux évangélistes situent donc la naissance du Christ au plus tard en -4, puisque les historiens admettent qu'Hérode le Grand est mort à cette date .

Mais le même Luc (est-ce vraiment le même Luc, d'ailleurs?) vient tout compliquer. Il précise que Jésus vient au monde pendant le premier " recensement de Quirinius ", gouverneur de Syrie. Ce premier recensement est connu : il fut ordonné par Rome pour fixer les taxes directes en Judée, en 6 de notre ère. Ce qui fait au moins 10 ans d'écart avec la datation précédente. L'incompatibilité est totale : Jésus est au seuil de l'adolescence chez Matthieu tandis qu'il vient de naître chez Luc.

Luc nous apprend plus loin que Jean Baptiste prêche en " l'an quinze du principat de Tibère ", soit en 28, et que Jésus commence peu après sa vie publique à " environ trente ans ". Une soustraction suffit à démontrer qu'il se trompe, puisque 28-6 =22 et non " environ trente "... Encore une erreur de prés de 10 ans.

Voilà des estimations bien approximatives. Il est absolument certain qu'au moins un des deux évangélistes se trompe, si ce ne sont les deux à la fois.

Des chercheurs ont tenter de sauver la datation biblique. G.Messadié, par exemple, s'inspirant des travaux de Hughes, croit que l'étoile des mages est la conjonction spectaculaire, dans la constellation des Poissons, de Jupiter, la planète des rois, et de Saturne, le protecteur d'Israël. Cette conjonction, qui a eu lieu en -7, serait assez rare (elle se produit tous les 139 ans et tous les 900 ans dans la constellation du Poisson) pour avoir fortement marqué les esprits. Mais à moins de croire aux prédictions astrologiques, il n'y a à tirer de cette hypothèse si ce n'est l'inverse de ce que postulent ses auteurs : une date de naissance fabriquée après coup en raison de son symbolisme.

L'étoile qui guide les mages venus d'Orient vers l'enfant Jésus répond plutôt à la prophétie de Balaam : " Un astre issue de Jacob devient chef, un sceptre se lève issu d'Israël ", tandis que leur offrande répond à Isaïe. A noter que, dans les Évangiles, les mages ne sont pas au nombre de trois, ni même qualifiés de " rois ". Ces enluminures sont le fait des apocryphes. Les noms qui les ont popularisés n'apparaîtront qu'au VIIIe siècle (leur arrivée à l'Épiphanie correspond à l'antique fête des Saturnales, où l'on tirait au sort un roi-bouffon grâce à une fève placée dans un gâteau).

La computation du moine scythe Denys le Petit au VIe siècle, qui fit naître Jésus en l'an 1 et fixa l'ère chrétienne, ne repose ainsi que sur d'astucieuses jongleries dont le but était de démontrer la cohérence interne de récits qu'il était jugé inadmissible de penser contradictoires. Et voilà tout notre calendrier à revoir.
Ajoutons que la date du 25 décembre ne nous est livrée par aucun des Évangiles. Elle apparaît pour la première fois au IVe siècle. À l'époque, pour des raisons stratégiques aisément compréhensibles, l'Église de Rome crut habile de faire correspondre la naissance du Christ avec la naissance du dieu Mithra qu'on célébrait au solstice d'hiver sur la colline du Vatican (moment propice où le soleil effectue sa remontée dans le ciel, d'où son nom de Sol Invictus, fête du " soleil invaincu "), avec un léger retard de deux jours qui se retrouve aujourd'hui. La fameuse bûche de Noël est un vivant souvenir de cette tradition solaire indo-européenne. Avant de s'être métamorphosée en pâtisserie, cette bûche s'enflammait réellement dans l'âtre et restituait par analogie un peu de la lumière attendue depuis des mois.

Pour expliquer la date de naissance de Jésus rapportée par les évangélistes, le mythologue Guy Fau a soulevé une hypothèse qui a le mérite de coller à la mentalité et aux usages juifs du Ier siècle :
Les juifs, écrit-il, ne se contentaient pas d'attendre vaguement la venue du Messie, ils savaient à quelle époque il devait paraître, car des prophéties permettaient de prévoir la date de cet événement (...) Flavius Josèphe, écrivant avec prudence à l'usage des Romains, signale discrètement qu'une prophétie est à l'origine de la révolte de 67 : " Ce qui excita les Juifs à la guerre, c'était un oracle équivoque des Écritures annonçant qu'un homme sorti du pays deviendrait ALORS le maître du pays"(Guerre des Juifs, VI-5). Les Romains aussi connaissaient cette prophétie, et Suétone nous apprend qu'ils tentèrent de la détourner au profit de Vespasien : cela ne pouvait convenir aux juifs! Or l'oracle n'était pas du tout équivoque, mais fort clair ; il s'agit de la parole de Jacob : "Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le bâton de commandement d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Shiloh (l'Envoyé?), à qui tous les peuples obéiront " (Genèse, XLIX-10). Sous réserve de la traduction exacte de "Shiloh", qui a donné lieu à bien des commentaires mais où tout le monde s'accordait à voir une désignation du Messie, la date prévue peut être fixée avec exactitude. Le sceptre est sorti de Juda en -40, lorsque l'usurpateur Hérode (le grand) s'est fait reconnaître roi, avec l'appui des Romains, à la place du descendant légitime. Mais sous le règne d'Hérode, la Palestine est encore restée indépendante, il y avait encore une apparence de "sceptre". Par contre, cette apparence même a été détruite en +6, lorsqu'un procurateur romain s'installa en Judée. En négligeant le règne d'Hérode, sous lequel il ne s'était rien produit, le Messie devait donc paraître, soit à la mort d'Hérode (-4), soit, au plus tard, en +6. Et telle est l'origine des dates attribuées à la naissance de Jésus : Matthieu le fait naître dans la dernière année d'Hérode (-4), Luc au temps du recensement (+7), car on ne pouvait hésiter qu'entre ces deux dates, séparées par un intervalle de 10 ans. Sur le choix de la date exacte, il faut croire qu'on ne s'était pas mis d'accord (...) La naissance de Jésus n'est donc pas rattachée à un fait historique, mais à une prophétie.
Cette démonstration est assez éclairante.

2) Lieu de naissance ?

L'évangéliste présumé le plus ancien, Marc, donne à penser que Jésus est né à Nazareth, en Galilée, tandis que Matthieu et Luc le font naître à Bethléem en Judée : nouvelle contradiction . Comment trancher?

Allons pour Nazareth, en Galilée. Jésus n'est-il pas appelé " le Nazaréen "? Mais l'adjectif nazaréen entendu comme " homme du village de Nazareth " résulte d'une erreur de traduction de compilateurs tardifs. " De Nazareth " ou " nazaréthain " se traduit en grec par Nazarethenos, Nazarethanos, ou Nazarethaios et non par Nazarenos, Nazôraios ni même Nazarénos comme on le trouve dans les Évangiles (= " nazaréen "). Si dérivation il y avait, elle serait telle qu'elle prendrait figure d'exception. Le " nazaréen " se rapproche plus certainement du nâzir hébreu qui désigne " le saint " ou " le consacré ".

Circonstance aggravante pour Nazareth, aucun auteur du Ier siècle, juifs y compris, ne mentionne le nom de la bourgade. Elle n'apparaît dans les textes qu'à la fin du IIe siècle .
Jésus serait-il né à Bethléem? Pas si simple. A nouveau, il est tentant de se demander si, conformément à leurs traditions, les rédacteurs n'auraient pas cherché directement la réponse à leur question dans les textes prophétiques. On trouve chez Michée l'information que le Sauveur naîtra à Bethléem : " Et toi (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c'est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ". La bourgade est, ne l'oublions pas, celle dans laquelle David aurait reçu l'onction royale - riche symbole.

On sait qu'aux environs de Bethléem, des païens célébraient la naissance du dieu des céréales Tammouz (Adonis). Comme Hermès, Dionysos, Mithra ou Zeus, le dieu phénicien naissait dans une grotte, autre symbole, celui de la Terre-mère, de la matrice universelle - c'est bien ainsi, d'ailleurs, que nous représentons encore la crèche de Noël, popularisée au XIIIe siècle par St François d'Assise, à laquelle la tradition a ajouté le " boeuf et l'âne ", pour confirmer une prophétie d'Isaïe délaissée par les évangélistes. Les premières communautés chrétiennes ont donc investi ce site avec le désir de s'approprier un lieu sacré.

Non seulement on ne peut trancher en faveur de l'une ou de l'autre hypothèse mais elles apparaissent aussi invraisemblables l'une que l'autre. Contresens, reprise d'un mythe folklorique inséré dans la vie du Christ, justification a posteriori d'anciennes prophéties : autant de signes qui appellent à la méfiance.

3) Les parents de Jésus?

Si Matthieu, Luc et Jean désignent Joseph comme père de Jésus, il n'en va pas de même pour Marc, qui n'en dit pas un mot.

A en croire Matthieu et Luc, Joseph descend du roi David, ce qui est tout à fait dans la ligne des croyances messianiques de l'époque, mais il en descend par Jacob pour Matthieu et par Héli pour Luc. En remontant la généalogie jusqu'à Abraham, l'un compte 40 degrés, l'autre 56; de David à Jésus ; 26 noms sont recensés par le premier, 42 pour le second. C'est ennuyeux, surtout pour les absents : quelque 16 générations! Mais l'essentiel n'était-il pas que Zacharie ait annoncé que le Messie serait de la " maison de Joseph "?

Pour Marie, les renseignements sont aussi parcimonieux. Remarquons que l'on comprend mal l'intérêt de généalogies davidiques, si Joseph n'est que le père adoptif de Jésus, comme on l'enseigne. Cette contradiction ne s'explique que si les informations portant sur la virginité de Marie sont venues dans un second temps s'intégrer dans les récits de la Nativité. Marc reste d'ailleurs muet sur cette exception anatomique, dont la mariologie s'est emparée. Et l'apôtre Paul n'écrit-il pas que le Christ est " né d'une femme " - et non d'une vierge?

La virginité est typique du milieu gréco-romain où sont rédigés les Évangiles et dans lequel on cherchait à répandre la " bonne nouvelle ". Dans la mythologie païenne, Persée naît de Danaé fécondée par une pluie d'or, Apis est le fruit d'une génisse fécondée par un rayon de soleil, Attis naît de Nana après qu'elle a mangé une grenade... Les naissances miraculeuses étaient aussi attribuées aux sages et aux grands philosophes, tels que Pythagore, né d'Apollon et de la vierge Pythais, ou Platon, fils de Périctone et du même Apollon. Par ce procédé narratif, les anciens exprimaient couramment le caractère divin ou exceptionnel de l'être vénéré. Les chrétiens l'employèrent avec d'autant plus d'empressement que, dans leurs pays de mission, il apportait une preuve supplémentaire de la divinité de Jésus (ils croyaient en trouver une justification dans la Bible des Septante, qui semblait faire référence à une vierge à venir - problème : la Septane avait incorrectement traduit halamah, terme hébreu qui ne désigne pas une vierge mais une " jeune femme ").

Plus généralement, l'incarnation (le fait qu'un dieu prenne une apparence humaine) est profondément étrangère au monothéisme juif du Ier siècle, alors qu'elle est habituelle chez les païens depuis des millénaires. Ne songeons qu'aux pharaons d'Egypte.

D'autres mythes païens ont influencé les premiers chrétiens dans leur représentation des parents de Jésus. La résignation de Joseph à son sort peu enviable est identique à celle d'Amphitryon dont la femme Alcmène partage sa couche avec Zeus - Alcmène, qui a droit comme Marie à son Annonciation en la personne du prophète Tiresias, dont les paroles (" Réjouis-toi, toi qui a mis au monde le plus vaillant des hommes... ") rappellent étrangement celles de l'ange Gabriel : " Réjouis-toi, comblée de grâces (...) Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils (...). Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut ".

L'imagerie de Marie s'est aussi largement inspirée de la statutaire antique, des déesses à l'enfant et notamment des statues d'Isis, déesse égyptienne de la Lune, au manteau bleu constellé d'étoiles, qui tient serré dans ses bras l'enfant Horus emmailloté. Le mois de mai, aujourd'hui consacré à Marie, l'était naguère à Cybèle. Anahita aussi était dite Immaculée, l'Ishtar d'Arbèle était célébrée le 15 août, fête reprise plus tard par la mariologie... etc.

La Passion du Christ

1) La Cène

La Cène (du latin cena, " dîner ") serait le dernier repas pascal du Christ. Elle ouvre le cycle de la Passion, période au cours de laquelle, selon l'interprétation chrétienne, le Fils de Dieu endure des souffrances ayant valeur rédemptrice pour le genre humain.

Durant la Cène, Jésus, voyant sa mort arriver, aurait accompli les gestes et prononcé les paroles qui survivent aujourd'hui dans l'Eucharistie et donnent lieu à la communion des fidèles.

Laissons de côté la date pour nous concentrer sur le coeur du repas, les mets sacrés, le pain et le vin pris pour le corps et le sang du Christ, dont la consommation est censée être le gage de l'Alliance Nouvelle conclue entre Dieu et les hommes (" Prenez, mangez ceci est mon corps (...) ; Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance nouvelle qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés. ").

Ni ces mets, ni leur consommation ne constituent la révolution rituelle souvent décrite aujourd'hui. De tels rites sont des pratiques courantes au Ier siècle - et depuis longtemps - dans les religions à mystères. Asiatiques ou égyptiennes à l'origine, celles-ci ont progressivement envahi le monde gréco-romain quand se forment les premiers embryons du mouvement qui donnera le christianisme.

Comme leur étymologie l'indique, ces " mystères " étaient des cultes secrets, dans lesquels les initiés, ou mystes, s'assuraient le salut éternel par leur participation à la passion d'une divinité. Durant le déroulement du drame sacré, les mystes mangeaient la chair du dieu afin de mieux s'identifier à ses vertus et accéder plus facilement à la félicité divine. Dans les mystères grecs de Dionysos, il s'agissait de manger la chair crue d'un taureau ou d'un chevreau . S'y ajoutait l'absorption du sang dans les mystères du dieu iranien Mithra. On buvait aussi le sang divin dans le culte du dieu phrygien Attis. Avec le temps et du fait de leur coût important, ces aliments furent souvent remplacés par... du pain et du vin, la chair et le sang symbolisés. Dans les repas de communion d'Osiris, les paroles rituelles qui étaient prononcées ressemblent à s'y méprendre à celle de la Cène évangélique : " Tu es vin et tu n'es pas du vin mais les entrailles d'Osiris " - l'incarnation à laquelle fait référence ce papyrus étant clairement l'annonce de la transsubstantiation.

Ce qui surprend, dans les Évangiles, ce n'est pas tant la présence de ce rite, qui existait depuis des siècles, que son intrusion supposée en plein coeur d'Israël. Car la loi juive est implacable : il est formellement interdit de donner son sang à boire. Entorse gravissime aux prescriptions de la Thora, cette cérémonie était inconcevable dans le milieu des juifs de Palestine, rétifs à ce symbolisme sanguinaire d'essence païenne, qui bouleversait de fond en comble leurs coutumes. Les repas de " fraternité sainte " que pratiquaient les esséniens, dont on a voulu voir l'ancêtre direct de l'institution eucharistique, n'allaient pas aussi loin : tout au mieux ont-ils été un support. Le substrat de la communion chrétienne est visiblement étranger : il faut le chercher dans les usages des pays où les prosélytes ont recruté leurs premiers adeptes.

2) Le Procès

L. Rougier écrit : " Le récit du procès, en particulier, est un tissu de contradictions, d'incohérences, d'invraisemblances de la part d'écrivains qui ignorent tout de la juridiction du Sanhédrin, de la justice romaine et qu'anime le seul souci de faire retomber tout l'opprobre sur les juifs ".

Les contradictions entre les évangélistes surabondent à nouveau. Pour les synoptiques , ce sont les troupes juives aidées par la foule qui procèdent à l'arrestation de Jésus au Mont des Oliviers. Pour Jean , et pour lui seul, ce sont les forces romaines.

Le déroulement même du procès les divise. Marc et Matthieu évoquent deux comparutions devant le Sanhédrin, Luc se limite à une, et Jean n'en connaît aucune.

Ajoutons qu'aux dates indiquées par les évangélistes (la nuit précédent la Pâque), il était interdit au Tribunal de siéger.

Tout dans l'attitude de Pilate (le procurateur de Judée devant lequel le Sanhédrin aurait déféré Jésus après l'avoir jugé selon ses lois) est aussi invraisemblable et contraire aux usages.

Pourquoi envoie-t-il l'accusé au tétrarque de Galilée Hérode-Antipas, qui n'a aucun droit de juridiction en Judée?

Comment croire à la scène où il choisit de libérer le meurtrier Barabbas au lieu de relâcher l'homme qu'il vient publiquement d'innocenter? Pilate était un préfet tyrannique, sans état d'âme, que Rome a destitué plus tard en raison de ses outrances à l'encontre des samaritains. De plus, la coutume d'accorder aux juifs la grâce d'un prisonnier chaque veille de Pâque n'est confirmée par aucun document. Enfin, Barabbas signifie en araméen " le fils du père " : il s'agit manifestement d'un doublet de Jésus, dans la tradition juive des deux boucs (à l'occasion du Yom Kippour, un " bouc-émissaire ", tiré au sort et chargé des fautes d'Israël était lâché dans le désert tandis qu'un autre, " innocent " celui-là, était immolé à sa place hors de la ville, pour expier les fautes commises par son peuple. L'analogie est flagrante).

Que cette scène ait été imaginée dans le but d'exonérer les Romains de la mort du Christ pour accabler du même coup les juifs est hautement probable.

3) La mort (et la Résurrection)

La mort nécessaire du Messie était annoncée (elle aussi) par les prophètes de l'Ancien Testament. Et même dans le détail :

- il était écrit qu'il serait frappé de verges,
- qu'on lui cracherait à la figure,
- qu'il resterait stoïque dans l'adversité,
- qu'il mourrait entre des malfrats,
- que ses pieds et ses mains seraient déchiquetés,
- qu'aucun os ne lui serait brisé,
- que pour toute boisson on lui tendrait du vinaigre et du fiel,
- que ses habits seraient partagés,
- que son âme ne serait pas livrée au shéol et que son corps ne verrait pas la
corruption,
- qu'il revivrait au bout de trois jours etc., etc.

Toutes ces prophéties étaient consignées dans des recueils qui circulaient dans le monde juif de Palestine, auxquels se référaient ceux d'entre les croyants qui attendaient l'arrivée prochaine de leur libérateur. Ces messianistes étaient des groupes sectaires juifs (certains de leurs documents ont été retrouvés à Qumran), qui avaient élaboré une théologie axée sur le " Messie souffrant " tel que le présente Isaïe. Depuis le IIe siècle avant notre ère, ils vivaient dans l'attente imminente du retour du " Maître de Justice ". Il n'est pas étonnant de retrouver la saveur de leurs croyances dans les Évangiles.

Selon un spécialiste de l'étude des manuscrits de la mer Morte, Dupont-Sommer :
Le Maître galiléen (Jésus), tel que nous le présentent les écrits du Nouveau Testament, apparaît à bien des égards comme une étonnante réincarnation du Maître de Justice (prêtre juif, chef de la secte essénienne, mort vers -65). Comme celui-ci, il prêcha la pénitence, l'humilité, l'amour du prochain, la chasteté. Comme lui, il prescrivit d'observer la Loi de Moïse, toute la Loi, mais la Loi achevée, parfaite grâce à ses propres révélations. Comme lui, il fut l'Elu et le Messie de Dieu, le Messie rédempteur du monde. Comme lui, il fut en butte à l'hostilité des prêtres du parti des Sadducéens. Comme lui, il fut condamné et supplicié. Comme lui, il monta au ciel près de Dieu. Comme lui, à la fin des temps, il sera le nouveau juge.
 G. Fau pose une pertinente question : " Quel crédit peut-on accorder à des récits composés exclusivement de textes préexistants ? (...) où est la tradition vivante ? Où sont les témoignages ? Où sont les faits ? ".

En effet, si l'on retire les événements qui n'ont pas fait l'objet d'une référence scripturaire, que reste-t-il du récit de la mort du Christ rapporté par les évangélistes?

- La croix? On la trouve dans de nombreuses religions antérieures au christianisme, sans parler de la croix cosmique de Platon, formée par le croisement des deux axes du monde, dont le gnosticisme reprend les éléments pour y placer le Logos ;

- La rédemption par le sacrifice d'un dieu? On la trouve dans les religions à mystères, où il est question d'un dieu souffrant qui meurt et ressuscite pour ses fidèles à l'équinoxe de printemps, à l'heure où la vie de la nature reprend ses droits sur l'hiver. Chaque année Tammouz (Adonis), Osiris, Attis mouraient (Attis, pendu à un pin) et ressuscitaient après trois jours. Durant leur " mort terrestre ", Adonis, Attis, la déesse Ishtar, Orphée, descendaient comme Jésus aux Enfers...

La plupart de ces dieux étaient salués du titre de " Seigneur " (ce qui se traduit en grec par Kyrios) titre que la communauté chrétienne d'Antioche et plus tard l'Église de Rome accorderont à Jésus. On leur attribuait la qualité de " Sauveur " (Sôter en grec), comme on le fera également pour le Christ.

Le plus ressemblant de ces dieux avec Jésus est sans conteste Mithra. Comme Jésus, il est considéré comme " Fils de la droite du Père brillant ". Comme Jésus, il a cette caractéristique rare d'être célibataire. Lui aussi meurt puis ressuscite. Lui aussi revient à la fin des temps pour juger " les vivants et les morts ", lesquels ressusciteront à leur tour dans la chair. Son culte comprend un repas commémoratif et un baptême d'initiation.

La parenté du christianisme naissant avec les mystères est à demi-avouée par l'apôtre Paul, premier diffuseur de la doctrine, évoquant la " révélation d'un mystère enveloppé d'un silence aux siècles éternels, aujourd'hui manifesté. "

Toute la substance des Évangiles serait-elle servilement recopiée?

Non. Pas plus que l'Ancien Testament, le Nouveau n'est un vulgaire plagiat. Il a son style, sa qualité littéraire, une faculté évidente d'adaptation (le syncrétisme est le propre des religions universalistes, mais le christianisme a eu le génie de parvenir à concilier des traditions qu'a priori tout opposait), il a développé un type d'universalisme peu restrictif (le culte de Mithra s'adressait aux seuls hommes) et mis l'accent sur " l'esprit d'amour " comme peu de religions auparavant. En bref, il est parvenu à naviguer sur son erre.

Ce qui est profondément gênant, toutefois, si l'on décide de lire le Nouveau Testament avec un oeil d'historien, c'est que lorsque sont enlevés les emprunts et les invraisemblances, il semble ne rester - rien.

Tout le débat repose sur l'acception et l'étendue du verbe " sembler ".


Paul-Éric Blanrue