mercredi 25 février 2015

Le bouquin d'Agnès Soral sur son frère Alain, c'est pour bientôt

Le Figaro annonce pour le 12 mars prochain la sortie du livre d'Agnès Soral sur son frère Alain, intitulé Frangin. Un autre grand coup dur à l'horizon pour le « sociologue-boxeur » ?

Parlant de livres de révélations, nous attendons toujours celui de Marc-Édouard Nabe qui est supposé d'être LE bouquin qui viendra à boût de la mouvance dieudonniste-soralienne (voire, de tout le « conspirationnisme »). Mais votre serviteur, comme d'autres chroniqueurs-ouèbe, pense qu'il ne paraîtra jamais, qu'il s'agit d'un bluff de la part de M.Zannini.

Rajout du 14 mars 2015 :
Il semble selon Amazon.fr que la parution du livre soit reportée au 26 mars prochain.

jeudi 19 février 2015

La maladie comportementale du milieu des affaires : le cas Pétrolia en Gaspésie

Aujourd'hui la Jérusalem des Terres Froides tient à exprimer son soutien à la population gaspésienne face aux agissements de la compagnie Pétrolia, cette même compagnie qui veut ravager la magnifique île d'Anticosti pour sa hubris de profits financiers (voir les articles : Québec : L'île d'Anticosti, l'industrie pétrolière et le grand mensonge et Main basse sur Anticosti, Québec : L'étrange nouveau partenaire de Pétrolia). Votre serviteur ne peut pas grand'chose dans ce dossier, mais elle peut cependant reprendre le dernier article paru sur Mondialisation.ca pour lui donner davantage de visibilité. Nous remarquerons encore une fois le rôle particulièrement néfaste de ce que l'on appelle les « relations publiques », ces business de mensonge institutionnalisé.


---Pétrolia, la compagnie d'exploration pétrolière au Québec : Un comité de suivi pour évincer les citoyens---


Par Stéphane Brousseau
Le 17 février 2015


Un comité de suivi sert à éliminer les obstacles nuisant à la réalisation d’un projet. C’est ce que tente Pétrolia avec son projet Haldimand 4, d’après les nouvelles publiées par Radio-Canada (1), le Journal de Québec (2) et la station Radio Gaspésie CJRG-FM (3).

C’est aussi l’opinion de Mme Lise Chartrand, porte-parole du comité citoyen «Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé» qui m’a confirmé par courriel: «Ils veulent répondre aux questions des citoyens et rendre le projet acceptable. C’est des relations publiques, rien d’autre.»

Selon un sondage mené par CHAU-TV (4), 81% des gens de Gaspé s’opposent au développement pétrolier. La population craint la contamination de l’eau potable. Le déversement accidentel de 176 barils de diésel dans le réseau d’aqueduc de Longueuil a coûté 740 000 dollars à la municipalité (5). À Gaspé, la contamination de la nappe phréatique serait irrécupérable.

Les forages sont à 350 mètres des habitations (6) et Pétrolia veut exploiter les 7,7 millions de barils (7) dès 2016 (8). Il faut questionner ce potentiel pour comprendre que les hydrocarbures au Québec ne correspondent pas à la présence de réserves ni de gisements économiquement rentables (9).

Un rapport de l’INRS avec lequel Pétrolia justifie l’absence de risques de contamination mentionne que: «Malgré des travaux étendus de géophysique sismique, des analyses de laboratoire et le forage de sept nouveaux sondages, aucun résultat probant concernant l’accumulation de quantités économiques d’hydrocarbures n’a été obtenu (Lavoie et Bourque, 2001). Ceci a mené au retrait de la SOQUIP et de la plupart des autres compagnies pétrolières de la Gaspésie au début des années 1980 (10) 

Si Pétrolia exploite Haldimand 4, cela ne représente que 375 millions de revenus. Avec 100 barils par jour, il faudra 210 ans pour extraire ce pétrole! Le projet Haldimand 4 coûte 8 millions de dollars (11), cette exploitation ne sera plus rentable à partir de 45 forages! Combien de forages les citoyens accepteront-ils à 350 mètres de leurs maisons? Quels seront les impacts sur la nappe phréatique?

Le problème avec les pétrolières relève de la psychologie économique. La présence d’hydrocarbures induit des comportements de fuite chez les industriels qui évitent la réalité, cherchant désespérément à empocher des profits. C’est «la maladie comportementale du milieu des affaires» (12).

Le problème avec la loi est que l’obtention des permis permet à l’industrie d’exploiter à sa guise. Bien que les compagnies doivent s’entendre avec les propriétaires de terrains, s’il y a litige, ces derniers n’ont aucun droit.

Les pétrolières s’imposent d’abord sur le terrain et informent ensuite les citoyens des travaux. Elles n’ont pas à obtenir leur assentiment concernant les risques de contamination, de déversements, de pollution, de rejets de gaz à effet de serre et de destruction irréparable des écosystèmes. De simples permis et certificats des ministères suffisent à leur donner le feu vert.

Cette situation place les citoyens devant des faits accomplis. Les lois sont conçues par les gouvernements pour favoriser l’industrie afin d’accélérer la croissance économique sans jamais tenir compte des règles du développement durable.

Les pétrolières engagent des responsables de relations publiques qui usent de stratégies démagogiques en poussant le sophisme jusqu’aux limites des études scientifiques afin de forcer l’acceptation de leurs projets.

Dans une lettre du 16 janvier 2014 que Mme Lise Chartrand m’a transmise, M. Jean-François Belleau mentionnait que Pétrolia avait obtenu un certificat de torchère pour brûler les émanations de méthane. Selon M. Belleau, «le torchage du gaz naturel n’émettrait que du CO2 et de la vapeur d’eau.»

Or, la combustion du méthane produit trois principaux gaz à effet de serre (13): du CO2, du méthane et du protoxyde d’azote (N2O). Chaque litre de méthane brûlé à la torchère émet 2,7 g de gaz à effet de serre. En février 2015, la planète flirte avec 400 ppm de CO2 (14) alors que la moyenne était de 240 ppm depuis 800 000 ans (15).

Pétrolia justifie ses activités par une analyse de l’Institut économique de Montréal évaluant le coût d’une transition énergétique accélérée pour se débarrasser du pétrole. Cette analyse prétend que les mesures «coûteraient aux Québécois 6,4 milliards de dollars par année, soit un peu plus de 1875 dollars par ménage», que seulement 12% seraient prêts à payer et que «la consommation totale de pétrole serait réduite d’au mieux 20% (sic) et les émissions de GES diminueraient de seulement 12% (16).»

Le coût des changements climatiques pourrait atteindre et dépasser plusieurs centaines de milliards de dollars par année d’ici 2050 (17) ! La facture refilée aux citoyens par les gouvernements sera multipliée par 25!

Dans mon dernier article (18), j’expliquais pourquoi il n’y a pas de pétrole commercialement exploitable au Québec. Les pétrolières québécoises sont toutes penchées au-dessus de leurs puits. La nervosité grimpe et leurs mensonges prolifèrent. L’industrie agonise sous le respirateur artificiel de l’aide financière gouvernementale, et les valeurs en Bourse sont gavées de rumeurs.

À défaut de pétrole, c’est tout ce qui reste pour ne pas sombrer. Pendant ce temps, le développement économique nous prépare un sombre et coûteux avenir climatique… 



Stéphane Brousseau 
Québec, le 15 février 2015


Stéphane BrousseauDirecteur de recherche, B.Sc. Géologie, analyste et architecte en technologies de l’information et des communications, chercheur en architecture sociale durable IRASD – Institut de recherche en architecture sociale durable 






Notes 





 













mercredi 18 février 2015

Misère de l'Occidentalisme

Voici un texte écrit il y a bientôt 6 mois mais qui est plus actuel que jamais. Bien sûr, s'il est repris ici à la Jérusalem des Terres Froides, c'est qu'il est sur la même ligne éditoriale que la maison. Il a été écrit par Slobodan Despot, le responsable des éditions Xenia, et le Réseau International qui l'a également reprit le présente ainsi sur son site :

S’il y a un texte à lire pour comprendre tout ce qui se déroule en ce moment entre l’Est et l’Ouest, c’est bien celui-là. Oubliez, pour un instant, tout ce que vous saviez sur l’, la Russie, les relations est-ouest et plongez dans une vision plus globale qui touche au cœur de ce à quoi nous assistons.

---Misère de l'Occidentalisme---

Les Européens de l'Ouest ne veulent rien savoir de la Russie


Par Slobodan Despot
Paru sur le site de Causeur et repris par le Réseau International
Le 12 septembre 2014
Rajout d'hyperliens par le Réseau International




Cette nation qui a donné Pouchkine et Guerre et Paix, Nijinsky et le Lac des Cygnes, qui a l’une des plus riches traditions picturales au monde, qui a classé les éléments de la nature, qui fut la première à envoyer un homme dans l’espace (et la dernière à ce jour), qui a produit des pelletées de génies du cinéma, de la poésie, de l’architecture, de la théologie, des sciences, qui a vaincu Napoléon et Hitler, qui édite les meilleurs manuels — et de loin — de physique, de mathématiques et de chimie, qui a su trouver un modus vivendi séculaire et pacifique, sur fond de respect et de compréhension mutuelle, avec ses Tatars et ses indénombrables , khazars, bouddhistes, Tchouktches, Bouriates et Toungouzes, qui a bâti la plus longue voie de chemin de fer au monde et l’utilise encore (à la différence des USA où les rails légendaires finissent en rouille), qui a minutieusement exploré et cartographié les terres, usages, ethnies et langues de l’espace eurasien, qui construit des avions de combat redoutables et des sous-marins géants, qui a reconstitué une classe moyenne en moins de quinze ans après la tiers-mondisation gorbatcho-eltsinienne, cette immense nation, donc, qui gouverne le sixième des terres émergées, est soudain traitée, du jour au lendemain, comme un ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la «vraie» civilisation !

L’Occident ressort la même guignolerie haineuse à chaque crise, depuis Ivan le Terrible à “Putler”-, en passant par le tsar Paul, la guerre de Crimée, le pauvre et tragique Nicolas II, et même l’URSS où tout succès était dit «soviétique» et tout échec dénigré comme «russe». Des nations serviles qui accordent aux Américains un crédit illimité de forfaiture et de brigandage «parce-qu’ils-nous-ont-libérés-en-45» n’ont pas un mot, pas une pensée de gratitude pour la nation qui a le plus contribué à vaincre l’hydre national-socialiste… et qui en a payé le prix le plus lourd. Ses élus sont traités en importuns, son président caricaturé avec une haine obsessionnelle, la liberté de mouvement et de commerce de ses citoyens, savants, universitaires et hommes d’affaires est suspendue au bon vouloir d’obscures commissions européennes dont les peuples qu’elles prétendent représenter ne connaissent pas le nom d’un seul membre, ni pourquoi il y siège plutôt qu’un autre larbin des multinationales.

Mais tout ceci n’est encore rien. C’est dans l’ordre des choses. L’Occident et la Russie ne font que jouer les prolongations, à l’infini, du conflit Rome-Byzance en l’étendant aux continents voisins voire à l’espace interplanétaire. La vraie guerre des civilisations, la seule, est là. Barbare comme le sac de Constantinople, apocalyptique comme sa chute, ancienne et sournoise comme les schismes théologiques masquant de perfides prises de pouvoir. Tapie dans les replis du temps, mais prête à bondir et à mordre comme un piège à loups. C’est le seul piège, du reste, que l’empire occidental n’ait pas posé tout seul et qu’il ne puisse donc désamorcer. (Etant entendu que la menace islamique n’est que le produit des manoeuvres coloniales anglo-saxonnes, de la cupidité pétrolière et de l’action de services d’Etat occupés à cultiver des épouvantails pour effrayer leurs propres sujets, puis à les abattre pour les convaincre de leur propre puissance et de leur nécessité.)

La menace russe, elle, est d’une autre nature. Voici une civilisation quasi-jumelle, ancrée sur ses terres, consciente d’elle-même et totalement ouverte aux trois océans, à l’Arctique comme à l’Himalaya, aux forêts de Finlande comme aux steppes de Mongolie. Voici des souverains qui — depuis la bataille de Kazan remportée par ce même Ivan qui nous sert de Père Fouettard — portent le titre de Khans tatars en même temps que d’Empereurs chrétiens siégeant dans l’ultime Rome, la troisième, Moscou, qui fleurit au moment où Byzance gémissait sous l’Ottoman et le pape sous la verge de ses mignons. Voici une terre aux horizons infinis, mais dont les contours sont gravés dans l’histoire du monde, inviolables bien que diffus. Voici des gens, enfin, et surtout, aussi divers qu’on peut l’imaginer, mêlant au sein d’un même peuple le poil blond des Vikings aux yeux obliques et aux peaux tannées de l’Asie. Ils n’ont pas attendu le coup de départ du métissage obligé, les Russes, ils l’ont dans leur sang, si bien assimilé qu’ils n’y pensent plus. Les obsédés de la race au crâne rasé qu’on exhibe sur les chaînes anglo-saxonnes ont la même fonction que les coucous suisses: des articles pour touristes.

Cela ressemble tellement à l’Europe. Et c’en est tellement loin! Tellement loin que les infatigables arpenteurs des mers — gênois, anglais, néerlandais, espagnols —, qui connaissent l’odeur de la fève de tonka et la variété des bois de Sumatra, ne savent rien de la composition d’un borchtch. Ni même de la manière dont on prononce le nom de cette soupe. Ce n’est pas qu’ils ne pourraient pas l’apprendre. C’est qu’ils n’en ont pas envie. Pas plus qu’ils ne veulent connaître, vraiment, l’esprit, les coutumes et la mentalité des immigrants exotiques qu’ils accueillent désormais par millions et qu’ils laissent  s’agglutiner en ghettos parce qu’ils ne savent comment leur parler.

J’ai dû, moi, petit Serbe, apprendre deux langues et deux alphabets pour entamer ma vie d’immigré. J’en ai appris d’autres pour mieux connaître le monde où je vis. Je m’étonne sincèrement de voir que mes compatriotes suisses ne savent pas, pour la plupart, les deux autres grandes langues de leur pays. Comment connaître autrui si vous ne savez rien de la langue qu’il parle? C’est le minimum de la courtoisie. Et cette courtoisie, désormais, se réduit de plus en plus à des rudiments d’anglais d’aéroport.

De même font les Russes, dont l’éducation intègre la culture ouest-européenne en sus de la leur propre. Où voit-on la réciproque, à l’ouest du Dniepr? Depuis Pierre le Grand, ils se considéraient européens à part entière. Les artistes de la Renaissance et les penseurs des Lumières sont les leurs. Leontiev, le père Serge Boulgakov, Répine, Bounine, Prokofiev et Chestov sont-ils pour autant les nôtres? Non, bien entendu. Parler français fut deux siècles durant la règle dans les bonnes maisons — et le reste encore parfois. Ils se sont intensément crus européens, mais l’Europe s’est acharnée à leur dissiper cette illusion. Quand les jeunes Russes vous chantent Brassens par coeur, vous leur répondez en évoquant «Tolstoïevsky». L’Europe de Lisbonne à Vladivostok n’aura été réelle qu’à l’Est. À l’Ouest, elle ne fut jamais que la projection livresque de quelques visionnaires.

L’Europe de Lisbonne à Vladivostok! Imagine-t-on la puissance, la continuité, le rayonnement, les ressources d’un tel ensemble? Non. On préfère «definitely» se mirer dans l’Atlantique. Un monde vieillissant et ses propres «outlaws» mal dégrossis s’étreignant désespérément par-dessus la mer vide et refusant de voir dans le monde extérieur autre chose qu’un miroir ou un butin. Leur derniers échanges chaleureux avec la Russie remontent à . Normal: le cocu zélé avait entrepris de démonter son empire sans autre contrepartie qu’une paire de santiags au ranch de Reagan. Vingt ans plus tard, les soudards de l’OTAN occupaient toutes les terres, de Vienne à Lviv, qu’ils avaient juré de ne jamais toucher! Au plus fort de la Gorbymania, Alexandre Zinoviev lançait son axiome que tous les Russes devraient apprendre au berceau: «Ils n’aimeront le tsar que tant qu’il détruira la Russie!»

«Ah, vous les Slaves!» — ouïs-je souvent dire — «Quel don pour les langues!» Je me suis longtemps rengorgé, prenant le compliment pour argent comptant. Puis, ayant voyagé, j’ai fini par comprendre. Ce n’est pas «nous les Slaves» qui avons de l’aisance pour les langues: c’est vous, les «Européens» qui n’en avez pas. Qui n’en avez pas besoin, estimant depuis des siècles que votre package linguistique (anglais, français, allemand, espagnol) gouverne le monde. Pourquoi s’escrimer à parler bantou? Votre langue, étendard de votre civilisation, vous suffit amplement, puisqu’au-delà de votre civilisation, c’est le limes (comme au temps de César), et qu’au-delà du limes, mon Dieu… Ce sont les terres des Scythes, des Sarmates, des Marcheurs Blancs, bref de la . Voire, carrément, le bord du monde où les navires dévalent dans l’abîme infini.

Voilà pourquoi le russe, pour vous, c’est du chinois. Et le chinois de l’arabe, et l’arabe de l’ennemi. Vous n’avez plus même, dans votre nombrilisme, les outils cognitifs pour saisir ce que les autres — qui soudain commencent à compter — pensent et disent, réellement, de vous. Ah! Frémiriez-vous, si vous pigiez l’arabe des prédicateurs de banlieue! Ah! Railleriez-vous si vous entraviez des miettes de ce que les serveurs chinois du XIIIe dégoisent sur vous. Ah! Ririez-vous s’il vous était donné de saisir la finesse de l’humour noir des Russes, plutôt que de vous persuader à chacun de leurs haussements de sourcil que leurs chenilles sont au bord de votre gazon.

Mais vous ne riez pas. Vous ne riez plus jamais. Même vos vaudevilles présidentiels sont désormais commentés avec des mines de fesse-mathieu. Vous êtes graves comme des chats qui caquent dans votre quiétude de couvre-feu, alors qu’eux, là-bas, rient, pleurent et festoient dans leurs appartements miniatures, leur métro somptueux, sur leur banquise, dans leurs isbas et jusque sous les pluies d’obus.

Tout ceci n’est rien, disais-je, parlant du malentendu historique qui nous oppose. La partie grave, elle arrive maintenant. Vous ne leur en voulez pas pour trois bouts d’Ukraine dont vous ignoriez jusqu’à l’existence. Vous leur en voulez d’être ce qu’ils sont, et de ne pas en démordre! Vous leur en voulez de leur respect de la tradition, de la famille, des icônes et de l’héroïsme — bref, de toutes les valeurs qu’on vous a dressés à vomir. Vous leur en voulez de ne pas organiser pour l’amour de l’Autre la haine du Soi. Vous les enviez d’avoir résolu le dilemme qui vous mine et qui vous transforme en hypocrites congénitaux: Jusqu’à quand défendrons-nous des couleurs qui ne sont pas les nôtres? 

Vous leur en voulez de tout ce que vous avez manqué d’être!

Ce qui impressionne le plus, c’est la quantité d’ et de bêtise qu’il vous faut déployer désormais pour entretenir votre guignolerie du «ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la «vraie» civilisation». Car tout la dément: et les excellentes relations de la Russie avec les nations qui comptent et se tiennent debout (BRICS), et le dynamisme réel de ce peuple, et l’habileté de ses stratèges, et la culture générale du premier Russe venu, par opposition à l’inculture spécialisée du «chercheur» universitaire parisien qui prétend nous expliquer son obscurantisme et son arriération. C’est que ce ramassis de brutescroit encore à l’instruction et au savoir quand l’école européenne produit de l’ignorance socialisée; croit encore en ses institutions quand celles de l’UE prêtent à rire; croit encore en son destin quand les vieilles nations d’Europe confient le leur au cours de la Bourse et aux banquiers de Wall Street.

Du coup, la propagande a tout envahi, jusqu’à l’air qu’on respire. Le gouvernement d’Obama prend des sanctions contre le régime de Poutine: tout est dit! D’un côté, , les assassinats par drones aux quatre coins du monde, la suspension des droits élémentaires et le permis de tuer sans procès ses propres citoyens — et, surtout, vingt-cinq ans de guerres coloniales calamiteuses, sales et ratées qui ont fait du , de la Bosnie à Kandahar, un enfer sur terre. De l’autre, une puissance qui essaie pas à pas de faire le ménage à ses propres frontières, celles justement dont on s’était engagé à ne jamais s’approcher. Votre gouvernement contre leur régime

Savez-vous de quoi vous vous privez en vous coupant ainsi, deux fois par siècle, de la Russie?

Du refuge ultime des vos dissidents, en premier lieu du témoin capital Snowden. Des sources d’une part considérable de votre science, de votre art, de votre musique, et même, ces jours-ci, du dernier transporteur capable d’emmener vos gens dans l’espace. Mais qu’importe, puisque vous avez soumis votre science, votre art, votre musique et votre quête spatiale à la loi suicidaire du rendement et de la spéculation. Et qu’être traqués et épiés à chaque pas, comme Snowden vous l’a prouvé, ne vous dérange au fond pas plus que ça. À quoi bon implanter une puce GPS à des chiens déjà solidement tenus en laisse? Quant à la dissidence… Elle n’est bonne que pour saper la Russie. Tout est bon pour saper la Russie. Y compris les nazis enragés de que vous soutenez sans gêne et n’hésitez pas à houspiller contre leurs propres concitoyens. Quelle que soit l’issue, cela fera toujours quelques milliers de Slaves en moins…

Que vous a-t-il donc fait, ce pays, pour que vous en arriviez à pousser contre lui les forces les plus sanguinaires enfantées par la malice humaine: les nazis et les djihadistes? Comment pouvez-vous vouloir contourner un peuple étendu sur onze fuseaux horaires? Destituer de l’extérieur un chef d’Etat plus populaire que tous vos polichinelles réunis? Etes-vous déments? Ou la Terre est-elle trop petite, à vos yeux, pour que l’«Occident» puisse y cohabiter avec un Etat russe?

C’est peut-être cela, tout compte fait. La Russie est l’avant-poste, aujourd’hui, d’un monde nouveau, de la première décolonisation véritable. Celle des idées, des échanges, des monnaies, des mentalités. À moins que vous, atlantistes et eurocrates, ne parveniez à entraîner la nappe dans votre chute en provoquant une guerre atomique, le banquet de demain sera multipolaire. Vous n’y aurez que la place qui vous revient. Ce sera une première dans votre histoire: mieux vaut vous y préparer.


Slobodan Despot

mardi 17 février 2015

La fin du compte Youtube lesarchivesdusorcier. Merci aux abonnés

Et voilà ! Tôt ou tard, ça devait arriver. Suite à une nouvelle plainte pour « droits d'auteur », le compte Youtube rattaché à ce blog, lesarchivesdusorcier, est maintenant fermé. Sera-t-il remplacé ? Peut-être mais les chances sont réduites. Merci aux 1500 abonnés, ce fut au final une belle aventure.


Charles Tremblay

vendredi 13 février 2015

Le philosophe et le métapsychisme 4 : William James

Après avoir effectué une petite mise au point sur la notion de métapsychisme, la chronique-maison Le philosophe et le métapsychisme peut reprendre normalement. Aujourd'hui, le philosophe états-unien William James, les pages 220 à 222 des 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005).


---James---


William James a été activement mêlé à la recherche psychique, et cette dernière a été pour lui un moment très important dans la maturation de sa pensée. Le philosophe américain fut l'homme des curiosités multiples ; il explorait simultanément plusieurs voies sans trop se soucier de leur donner une cohérence artificielle et prématurée, et c'est avec la métapsychique que ces voies se sont recoupées, et que l'oeuvre a cristallisé. Psychologue, il est parvenu à la conviction, à travers ses propres travaux, que la conscience possède des dimensions qui excèdent notre expérience banale. Métapshysicien, il a construit une théorie de la vérité qui fait de cette dernière un outil pour accroître notre pouvoir sur le réel. Philosophe engagé dans une polémique contre Hegel, il est venu à privilégier la singularité. Épistémologue, il affirme la primauté de l'expérience sur la théorie. Or ses recherches psychiques se trouvent au confluent de ces thèmes. James s'en est lui-même expliqué dans une conférence donnée à la SPR anglaise le 31 janvier 1894, à propos des expériences qu'il a menées avec Eleonor Piper, la célèbre médium américaine. Étudier un médium de cette trempe, c'est entrevoir une réalité psychique qui déborde notre conscience banale. C'est faire prévaloir les faits, aussi étranges soient-ils, sur les affirmations classiques d'impossibilité. C'est faire prévaloir la singularité individuelle sur les régularités de la nature. C'est encore proclamer que la théorie du subliminal proposée par Myers, aussi étrange soit-elle pour le sens commun occidental, doit être préférée aux modèles scientistes, si elle colle mieux aux faits, à la manière d'un costume taillé sur mesure, et si elle permet ainsi une meilleure emprise sur ce « canton de la nature ». Enfin, tenir pour réels les faits présentés par Eleonor Piper, c'est s'interroger sur la possibilité d'une survie possible, ou du moins replacer la conscience humaine dans « une conscience-mère » qui enveloppe comme un cristal ; en bref, c'est redonner à l'existence des enjeux dramatiques que le scientisme avait évacués. Ce dernier point est important car, selon James, l'efficacité d'une théorie est loin de se limiter à la  sphère concrète. En résumé, les études psychiques sont pour James une mise à l'épreuve décisive des thèses pragmatistes.

Que James ait eu raison ou tort de confier cette importance à la métapsychique, ce n'est pas le lieu d'en décider : il nous suffira de remarquer que tout cet aspect de sa pensée est évacué aujourd'hui et que le nouveau pragmatisme, avec Rorty notamment, est parfois aux antipodes de telles orientations. Rorty, dira-t-on, a nettoyé la pensée de James des mythologies du siècle dernier. Il se peut. Mais si, comme l'affirmait l'auteur du Pragmatisme, la richesse d'une idée se mesure en grande partie à sa capacité de construire l'expérience, à sa vertu dynamique, alors l'engagement amétapsychique de James se révèle autrement plus tonique que le scepticisme avachi de Rorty. Mais il en est de James comme de Bergson : sans doute est-ce là le retraitement que devait subir l'ancien pragmatisme pour pouvoir effectuer un retour en cette fin de siècle désabusée.


Bertrand Méheust

mercredi 11 février 2015

Le philosophe et le... vous avez dit « métapsychisme » ?

Eh bien oui, quoi, la question mérite d'être posé. Il y a quelques temps, la Jérusalem des Terres Froides a lançé une nouvelle chronique, Le philosophe et le métapsychisme, mais il n'y a pas eu au préalabre de définition de ce que l'on entend par « métapsychisme ». Or, s'il est un domaine où la définition des mots est importante, c'est bien en philosophie. Alors « l'équipe » responsable de ce site se propose de pallier quelque peu à cette lacune en présentant ici l'article Métapsychique du livre 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005, p. 272-275). Ce qui suit n'est pas exactement une définition, mais ça donne quand même une bonne idée de ce qui est signifié derrière ce vocable.


---Métapsychique---


C'est en France qu'était venue, avec Mesmer et Puységur, l'impulsion qui a abouti à la naissance des sciences psychiques anglaises : et c'est d'Angleterre que revient le courant qui va conduire à la naissance des recherches psychiques françaises sous leur forme moderne. En 1905, le physiologiste Charles Richet propose le terme de métapsychique pour désigner le nouveau programme de recherche. Reprenant le terme d'Aristote (meta physica), Richet nomme « métapsychique » la science qui, dépassant le domaine de la psychologie classique, étudie les faits qui « paraissent dus à des forces intelligentes inconnues ». Cette définition entraîne la distinction entre la métapsychique subjective, et la métapsychique objective. La première étudie tous les phénomènes psychiques qui semblent avoir pour trait commun d'impliquer un transfert d'information s'opérant en dehors des canaux sensoriels connus ; ce faisant, elle distingue trois grands modes de communication métagnomique : la télépathie, qui caractérisait les échanges d'esprit à esprit, la clairvoyance, qui concernerait l'accès direct du psychisme aux choses, et la précognition, ou connaissance du futur. Quant à la métapsychique objective, qui constitue l'autre branche de la nouvelle science, elle a pour objet toutes les formes d'action supposées de l'esprit sur la matière, comme les télékinésies, les phénomènes de lévitation, etc. En 1919, l'Institut métapsychique international (IMI) est porté sur les fonts baptismaux par Charles Richet, nobelisé en 1913 pour sa découverte du choc anaphylactique. L'IMI est reconnu d'utilité publique par un décret du 23 avril 1919. Le docteur Gustave Geley en assume la présidence et, l'année suivante, fonde La revue métapsychique. Geley est spiritualiste ; mais l'IMI, comme société savante, ne se réclame pas du spiritualisme ou d'une doctrine philosophique particulière. Ainsi, son deuxième président, le docteur Osty, est un adversaire du spiritisme ; il pense que les facultés médiumniques s'expliquent par des potentialités cachées de l'être humain et il n'estime pas nécessaire, pour rendre compte des phénomènes dits paranormaux, de faire appel aux esprits des morts. Quant à Richet, il a toujours affiché son matérialisme. Diverses tendances, qui expriment des sensibilités personnelles, coexistent donc à l'origine au sein de l'Institut, mais, peu à peu, c'est le courant incarné par Osty qui va l'emporter. Vers 1935, la scission avec le spiritisme est consommée. En 1924, Geley est tué dans un accident d'avion, alors qu'il rentrait d'un congrès tenu à Varsovie. Le docteur Osty prend la relève et devient le président de l'IMI ; il lerestera jusqu'à sa mort, en 1938. Ensuite, jusqu'en 1946, Eugène Lenglet assumera cette tâche. C'est la grande époque de la métapsychique. Pendant ces deux décennies, l'Institut va devenir un foyer de recherche et de culture ; il va conduire des travaux expérimentaux sur la télépathie, sur les phénomènes de médiumnité physique, sur l'art médiumnique ; mais il va également entreprendre des recherches historiques et esquisser une réflexion philosophique sur les implications des phénomènes dits paranormaux. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, le monde a changé. Avec l'essor de la philosophie marxiste, du structuralisme, de la psychanalyse, des sciences humaines, l'ancien questionnement métapsychique paraît désormais relever d'un spiritualisme désuet, voire suspect. Vers 1960, la métapsychique sort de l'horizon de la pensée contemporaine, et rares sont ceux qui, de nos jours, sont encore capables de reconnaître son empreinte passée. Son refoulement et son oubli sont pour le sociologue un phénomène révélateur. Elle a été « oubliée » parce que les phénomènes qu'elle prétend objectiver invitent à un questionnement radical sur l'être humain et son insertion dans la réalité. Mais un tel questionnement est une entreprise au long cours et les fluctuations de sa réception sociale n'ont jamais interrompu les activités de l'IMI. Sous la direction du docteur Larcher, il a continué ses travaux alors que sa réception sociale était au plus bas. Aujourd'hui, il se prépare à un nouveau cycle d'intervention culturelle, en dirigeant vers des thèses une meute de brillants étudiants. C'est de ce côté que le changement viendra.


Bertrand Méheust

lundi 9 février 2015

État Islamique : Un homme décapité, accusé de « sorcellerie »

Un nouveau fait divers concernant le monde musulman et la « sorcellerie ». Il s'agit cette fois des amis de John McCain, à savoir « l'État Islamique », qui ont décapité un vieil homme pour avoir « pratiqué la sorcellerie » et avoir « invoqué la magie » (la Jérusalem des Terres Froides se demande bien qu'est-ce qu'on peut bien vouloir dire par « invoquer la magie »). Outre le fait que l'accusation de « sorcellerie » est un fourre-tout commode pour condamner qui on veut, comme celui qui veut tuer son chien l'accuse d'avoir la rage (parlez-en à Salim Laïbi, son golem Laurent Glauzy et le reste des zozotériques soraliens), c'est qu'il faut être réellement terrifié par celle-ci pour en arriver à des condamnations à mort en public. Qu'ont-ils à craindre, les tenants du « califat », pour en arriver à une telle extrémité ? Ne sont-ils pas sensés avoir Dieu de leur côté, et donc d'être imperméable aux actions occultes ? N'est-ce pas là un éloquent aveu d'impuissance ?

C'est triste à dire mais rien de nouveau sous le soleil. Ici-même a déjà été publié une liste de sept pays ayant des lois anti-sorcellerie, plus deux attaques contre le Maroc sur le sujet (1 et 2). On peut retrouver cette crainte en Occident, avec les obsédés du «satanisme » comme les évangéliques états-uniens ou encore les guignols soraliens. Ce qui est rapporté ici n'est à priori qu'un fait divers issu du Moyen-Orient mais ce n'est pas à prendre à la légère. Même en pays laïc, les dérapages peuvent se produire rapidement...

L'article original provient du Daily Mail britannique et ce qui suit provient du site Atlantico. Pour ceux qui veulent voir les photos et vidéos associées devront se rendre sur le site du premier.


---État islamique : un homme décapité, accusé de « sorcellerie »---


Paru sur Atlantico
Le 9 février 2015 


Il y a quelques jours, un homme avait été jeté du haut d'une tour et lapidé par l'Etat islamique, qui l'accusait d'entretenir une « relation homosexuelle ».

Imposer sa loi en semant la terreur. Voilà le credo de l'Etat islamique, qui a procédé à une nouvelle exécution, près de Raqqa, en Syrie. Cette fois, c'est un homme âgé qui a été décapité, devant une foule venue assister à l'exécution. L'Etat islamique accusait cet homme de "sorcellerie", selon le Daily Mail.

L'identité de l'homme, qui porte une longue barbe grise, n'est pas connue. Il a été photographié au moment de sa mise à mort par un combattant de l'Etat islamique masqué, dans un village proche de Raqqa, la ville dont l'Etat islamique a fait sa capitale.

La victime a été accusée de "sorcellerie" et "d'invoquer la magie", mais on ne connait pas les motifs exacts de ces accusations.

Les images montrent l'homme âgé conduit sur le lieu de l'exécution par des combattants armés de kalachnikovs. L'un d'eux semble être mineur. Autour d'eux, d'autres combattants exhibent des fusils d'assaut. D'autres images montrent un responsable religieux lire les charges à l'encontre de la victime. Une photographie le montre agenouillé sur le sol, les bras attachés derrière le dos, la tête sur un billot, et une hache à quelques centimètres de sa nuque.

Cette nouvelle exécution intervient alors qu'il y a quelques jours, un homme a été jeté du haut d'une tour de Raqqa, puis lapidé par des combattants de l'Etat islamique qui l'accusaient d'avoir une "relation homosexuelle." L'Etat Islamique multiplie les actes de barbarie sur le territoire qu'il contrôle, à cheval entre la Syrie et l'Irak, au nom d'une interprétation rigoristes de la charia.