dimanche 27 décembre 2015

Sur la « dissidence d'État » et d'éventuels « réseaux guénoniens » ; réponse à Un gars lambda et Ibrahim Nobel

L'article qui suit est une réponse personnalisée rédigée à la première personne du singulier :

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J'ai écouté les vidéos d'Un gars lambda et Kemikem sur la « dissidence » et René Guénon. J'ai préféré ne pas commenter à la page de présentation et plutôt m'expliquer ici, car nous entrons dans un sujet où l'infestation de trolls est terrible. Beaucoup d'obsédés du satanisme suivent les vidéos d'Un gars lambda, tout particulièrement celles portant sur le sujet qui lui a valu son premier pseudo, la dissidence d'État. Ce qui est quand même un peu étonnant car Un gars lambda n'aborde pas d'emblée les histoires de magie, d'occultisme, etc. Tout au plus, elles sont évoquées lors d'un détour dans sa réflexion, mais quand il s'y lance, il prévient toujours : « Je dis ça mais en même temps, je ne dis rien ». Je suis vivement intéressé à répondre à sa dernière vidéo Réponse à Kemikem. Réseaux guénoniens mais je n'ai pas le goût de me lancer dans des polémiques stériles avec des gens qui me considère comme sataniste sur le seul nom de mon pseudonyme sur Youtube, et qui n'auront pas d'autre argument que « va voir mes vidéos et fait des recherches ». Il est vrai que j'ai piqué quelques personnes sur l'ancien compte d'Un gars lambda mais lorsque viens le temps d'être plus sérieux, rien ne vaut son propre espace de partage sur le ouèbe.

Je peux exprimer ce que je pense de la question mais le commentateur Le rat en a déjà dit beaucoup. Je reprend ses trois commentaires :

Le premier est un commentaire indépendant :

Quel rapport avec Guénon ?

Les types de la nouvelle droite sont des néopaïens ( Dominique Venner, Alain de Benoist ). Qu'ils se réferent vaguement à cet auteur ( en en tirant que ce que les arrange, et en général ça ne va pas plus loin que la critique des idéologies étant à la matrice du monde moderne ) ne veut nullement dire que l'on a affaire à l’existence d'un "réseau Guénonien". Dougine mêle également le nom de René Guénon à sa vision meta-politique ( "l'Eurasisme ), comme d'autres peuvent s'accaparer d'autres intéllectuels de manière plus ou moins non-légitime sur le fond. Par ailleurs, pour ce que j'en ai vu, les références de la nouvelle droit se trouvent plutôt du coté d'Ernst Junger, Schmitt ect... que Guénon. En cherchant bien en pourra à coup sur croiser Evola, mais là encore ce sera uniquement pour l'aspect polémique anti-chrétien. Ces gens font ce qu'ils veulent.

Pour l'aspect "iranophile", celui-ci n'est pas explicable par amour du Chiisme, car autrement c'est le nom de Henry Corbin qui serait mis en avant par tous ces petits milieux gravitant autour de la nébuleuse Soral/ LLP/ Kemi Seba.

En ce qui concerne la question du soufisme, il n'existe pas et n'a jamais existé de "soufisme Guénonien" . C'est une pure invention.

Les deux autres sont une réponse à Hadil HASLAFY sur une histoire de « messianisme guénonien » :

Il n'y a pas de messianisme décelable dans l’œuvre de René Guénon et le "soufisme Guénonien" est une pure invention. La Tariqa Alawiya a certes connu une branche européenne sous l'égide de Frithjof Schuon qui avait reçu l'autorisation du cheikh Ahmad Al-Alawi lui-même, mais l'objectif d'un tel travail consistait uniquement à faire connaître certains aspect de l'Islam encore trop peu connus à l'époque, aux européens. Guénon est en dehors de tout ça. C'est juste un intellectuel, qui de son vivant n'a jamais communiqué publiquement de son rattachement à une tariqa.

et

Tiens, sur la récupération de Guénon par la dissidence : http://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.fr/p/httpoeuvre-de-rene-guenon.html

Alors voilà. Ceci dit, les observations d'Un gars lambda sur la proximité entre la « dissidence » et les autorités iraniennes d'une part et la manie des « dissidents » de se réclamer de Guénon (Soral, Laïbi, Keba, Glauzy) sont réelles, mais je ne crois pas qu'elles soient connectées entre elles. Comme l'a fait remarquer notre commentateur, si cela avait été le cas, le nom d'Henri Corbin aurait été davantage avancé que celui de Guénon (je me rappelle avoir déjà vu une ou deux références à Corbin chez E&R mais c'est tout). Je crois personnellement que la proximité iranienne et les réclamations guénoniennes de la « dissidence » sont deux phénomènes différents, encore qu'on peut y voir d'étranges connections si l'on entre dans le mode « hypothèse farfalue », selon le mot d'Ibrahim Nobel.

Je pense toujours à ce que j'ai écrit dans mon article sur la fixation commune de Salim Laïbi et des autorités iraniennes sur la sorcellerie et à ce niveau, oui, il pourrait y avoir une connexion directe entre la proximité iranienne et les références à Guénon. Depuis le début de ma dénonciation du soralisme en janvier 2013, j'ai toujours soupçonné cette mouvance de mener une guerre anti-magie, entendez par « magie » toute voie initiatique authentique, basée sur des techniques concrètes pratiquées quotidiennement et non sur des discours théologiques grandiloquents à n'en plus finir sur l'importance de la foi aveugle en un Dieu qui parle exclusivement arabe ou latin. Les exemples sont nombreux, depuis les premières vidéos « Sorcellerie des élites » de Salim Laïbi jusqu'à Morgan Priest, qui est devenu de facto le nouveau lieutenant de Soral dans les affaires ésotériques, en passant par les Pédo-Templiers de Marion Sigaut, les lectures au premier degré de Crowley par Glauzy (empruntés à Ted Gunderson), la réduction de l'hermétisme à du Mk-Ultra de Lucien Cerise et sa prétention sur l'absence de transcendance dans la qabale, Farida Belghoul qui tente de se la jouer Jean Bodin (voir également ici et ) et pour couronner le tout, la consécration des Juifs sionistes comme étant des demi-dieux vivants par Soral avec son affirmation « les Juifs qabalistes sont les maîtres du monde » (avec ce genre de propos, je comprend pourquoi Propagande.info en arrivait à qualifier E&R d' « antichambre du judaïsme »).

Je pense toujours que la « dissidence » mène une guerre anti-occultisme et je pense que René Guénon représente pour eux une porte d'entrée dans ce champ de bataille. En se réclamant de Guénon, ils affirment qu'ils s'y connaissent « sur ces affaires-là », ils s'établissent une autorité, et de là partent en campagne pour dénoncer le new-age, la magie, la sorcellerie, les symboles que l'on retrouve dans les films et les vidéoclips, et bien sûr, tôt ou tard, les satanistes-pédophiles sacrificateurs d'enfants (image issue des imaginaires hollywoodien et évangéliste états-unien reprise pour faire un argument facile basé sur la réaction émotive). En fait, la « dissidence » et la « nouvelle droite » cherchent à récupérer le concept de la « filiation initiatique » qu'avait forgé Guénon afin de s'établir une autorité personnelle qui va au-delà du politique et de l'idéologique, car celle-ci est très claire : en-dehors de toute tradition reconnue par Guénon, point de salut (à relire ici le mot de Denis Labouré sur cette histoire de « filiation »). Cette « filiation » est ensuite confondue avec « la tradition de la France » et avec la « succession apostolique » de l'Église Catholique et le tour est joué, la « dissidence » se prend pour la race supérieure des chefs qui défendent la France profonde contre les pillards Juifs-mages-noirs qabalistes maçonniques communistes-marxistes et leurs golems. C'est l'hybris que procure cette idée de filiation qui amène des gens comme « Laurent G » et « Salih Ha » à aller sur la vidéo de Philippe Pissier proclamer la supériorité de René Guénon sur Aleister Crowley alors qu'ils n'y ont rien compris, ni à l'un ni à l'autre. Cette « filiation » qui leur permet d'accuser d'être « contre-initiatique » quiconque qui n'est pas de leur côté dans les sujets du spirituel.

Peut-être est-ce que je pousse loin avec mon hypothèse farfelue de Guénon, arme anti-sorcellerie de la « dissidence » mais une chose est sûre cependant : à l'existence de la magie, ils y croient. Ils la qualifient peut-être de démoniaque, satanique, contre-initiatique, anti-traditionnelle mais reste qu'ultimement, la « dissidence » croit en l'existence de la magie. Pas d'une façon subtile, comme les trois paradigmes de Frater U.'. D.'., mais d'une façon très infantile à la manière hollywoodienne ou religiosité superstitieuse, de style « oui, les anges et les démons existent pour vrai, c'est vraiment ça la réalité après la mort physique » ou encore « le démon apparaît réellement dans notre monde physique via le triangle d'évocation ». Du très naïf « spirit model de premier niveau » ou « spirit model littéral » selon mes expressions personnelles. Et ce qui m'étonne avec cette croyance magique de la « dissidence », c'est que leurs adversaires n'en profitent pas pour s'en servir contre elle. Je suis surpris qu'un Asselineau n'en profite pas pour dire : « Voyez à quel point ils ne sont pas sérieux chez Alain Soral, ils croient à l'efficacité de la poupée aux aiguilles » ou quelque chose d'autre du genre.

Pour ce qui est d'éventuels « réseaux guénoniens », je ne saurais dire mais dans le cas de Laïbi, j'ai déjà expliqué dans un article précédent que celui-ci ne s'intéresse qu'à l'aspect coup-de-gueule de Guénon, à savoir les charges contre le spiritisme, le théosophisme et la dénonciation de tout ce qui serait « contre-initiatique», hors de la « filiation authentique ». L'obèse Marseillais qui se targue d'avoir fait des centaines de lectures dans toutes les traditions se sert de ce qu'il peut récupérer de Guénon pour valider son business de SatanismBusters et c'est tout. Autrement, un simple court extrait comme celui que j'ai présenté sur L'oeil qui voit tout dans la triangle, qui ne va pas du tout dans le sens du dentiste, le prend au dépourvu et il est incapable de répondre, et à ce que je me souvienne, je ne me rappelle pas non plus avoir vu une quelconque réplique de sa part contre Tagada du site Oeuvre de René Guénon.

Personnellement, si je voulais creuser davantage la question de « réseaux guénoniens », je reviendrais au début de 2013 avec l'étrange Collectif Amanah, dont nous n'avons jamais su le fin mot de l'affaire. Ce « groupe » anonyme arrivé de nulle part avait réussi à obtenir une entrevue avec le top de la dissidence à l'intérieur-même de la Main d'Or et ensuite une seconde entrevue avec l'autre top, le locataire du théâtre en question. Quand on connaît l'importance que se donne Soral et la difficulté de le rejoindre, c'était déjà tout un exploit qu'avec accompli ce « collectif » au curriculum vierge. Je me rappelle très bien quand cela avait été rapporté dans la section commentaires de Dans la peau d'Alain Soral : Avec sa vidéo sur Soral, le Collectif Amanah avait publié une page Facebook qui existe toujours trois ans plus tard. Il avait été remarqué par les différents commentateurs dont moi que les deux premiers amis Facebook du collectif avait été E&R et Salim Laïbi, et cela avait été fait presqu'immédiatement avec la parution de la page. Là encore, comme dirait Un gars lambda : « C'est particulier ». Nous avons tous pensé, et j'en ai parlé dans mon troisième Coup de gueule contre Soral, que ce collectif était en fait la création personnelle de Laïbi qui voulait se lancer davantage dans le discours géopolitique zozotérique. Je pense encore aujourd'hui que cette histoire fut une collaboration Soral-Laïbi à l'instigation de ce dernier mais je ne m'explique pas, en-dehors d'une complicité toujours effective entre les deux lascars, pourquoi le compte Youtube et la page Facebook du « collectif » sont-ils toujours accessibles au moment où j'écris ces lignes. Reste que ce « collectif » tient Guénon en référence principale et il est à conserver dans le dossier « Dissidence d'État/Réseaux guénoniens ».

Le sujet ne s'arrête pas là mais moi je m'arrête ici pour le moment. Si je m'attarde trop, le texte risque de ne plus être à jour. Je vais fort probablement y revenir ultérieurement, et peut-être Un gars lambda et Ibrahim Nobel auront droit à une réponse de vive voix de ma part. Il est assez ardu d'exprimer le fond de sa pensée sur l'actualité dissidentologique exclusivement à l'écrit et le besoin de se fera peut-être sentir d'utiliser un média plus direct.


Charles Tremblay

jeudi 3 décembre 2015

L'arme psycho-historique selon Andrei Foursov, et présentation des spécialistes russes par la JTF

Il y a quelques mois, le responsable de la Jérusalem des Terres Froides a découvert sur Youtube des petites capsules de quelques minutes qui présentent des extraits d'académiciens géopolitiques russes contemporains sous-titrées en anglais. Il s'agit essentiellement de cinq chaînes dont quatre se partagent le même avatar et se renvoient l'une à l'autre : d'abord Lena Mozya, puis le quatuor Jabarbadi, Karimberdi, Mengutimur et Ulaghchi (il existe une cinquième chaîne avec ce même avatar, Toqtaqiya, mais cette dernière est strictement culturelle et ne rapporte pas les spécialistes comme les quatre premières).

C'est par ces chaînes qu'ont été découvert les propos du général Petrov (décédé il y a quelques années), d'Igor Panarine (l'homme qui, en 1999, avait annoncé la désunion des USA, avec une carte présentant le pays fractionné en six parties), de Nikolaï Starikov, d'Elena Ponomareva et surtout, l'incontournable Andrei Foursov. Incontournable en effet, il y a quelques jours le Saker Francophone a présenté l'un de ses textes traduit en français, repris d'un autre site appelé Traduitdurusse.ru.

La Jérusalem des Terres Froides profite de l'occasion pour se lancer dans deux initiatives : d'abord reprendre ici le texte de Foursov et l'ensemble des articles de Traduitdurusse.ru (il y en a sept jusqu'à présent), et ensuite reprendre les capsules Youtube pour les présenter dans une playlist dédiée aux Nouvelles archives du sorcier. Donc ce qui suit est cet article qui a été publié au Saker Francophone le 25 novembre dernier, mais repris directement du site original.

Une précision se rapportant spécifiquement à Foursov : Les lecteurs réguliers de la JTF connaissent l'intérêt de la maison pour le spirituel, magique, ésotérique, religieux, etc. et savent que sur certains de ces sujets, elle a des positions bien arrêtées et définies. Elle est ouverte à toutes les affirmations dans ce domaine mais à condition qu'elles soient appuyées par des sources probantes, pas des réactions émotives brandits comme des vérités absolues à la façon de Marion Sigaut avec ses « pédo-Templiers », Salim Laïbi avec Jean-Paul Bourre et les « sabbataïsto-frankistes » ou encore ces ignorants qui n'ont jamais lu les auteurs sérieux sur Aleister Crowley mais qui le considère quand même comme « sataniste » à partir de leurs sources frelatées, conspiranoïaques, religieuses intégristes et/ou malhonnêtes. La JTF rappelle ce point car Foursov semble lui-aussi avoir une petite tendance au zozotérisme-à-gogo. Dans une capsule où il parle de l'affaire Rudolf Hess, Foursov mentionne Crowley comme impliqué dans celle-ci au profit des services secrets britanniques (à partir de 2:44). Il affirme qu'Hess était « invité » en Angleterre et Crowley aurait travaillé directement à cette « invitation ». Il est notoire que l'Anglais a été rénuméré par son pays pour quelques services rendues à l'occasion, un livre existe sur ce sujet, mais il faudrait que Foursov justifie davantage son affirmation car simplement le dire ainsi, ce n'est pas suffisant. Malheureusement, la JTF ne dispose pas dans son fond documentaire de ce livre de Richard B Spence, Secret Agent 666 : Aleister Crowley, British Intelligence and the Occult, traduit en français sous le titre Aleister Crowley : Agent double 666 par Camion Noir, elle ne peut donc pas valider ou invalider Foursov mais considérant toutes les instrumentalisations du « Wickedest man in the world » qui existent, la prudence reste de mise, même avec un universitaire éminent comme notre concerné. Par contre, un excellent point pour lui, notre Russe a présenté Crowley comme étant un personnage célèbre, mais pas comme un sataniste, bravo !

Toujours dans la crainte d'une forme de zozotérisme-à-gogo chez Andrei Foursov, et plus grave encore que ce qui a été dit sur Crowley, celui-ci a peut-être cette fâcheuse tendance aux abus interprétatifs à la manière des « décortiqueux-de-messages-subliminaux-satanistes-illuminati-dans-les-films-et-les-vidéoclips ». Vous savez, ceux qui voient Satan partout à la vue de la moindre étoile à cinq branches ou quelque chose qui lui ressemble vaguement. Dans une vidéo où il dénonce les messages cachés dans l'adaptation cinématographique d'Harry Potter, Foursov affirme que le vieux Dumbledore est en fait la représentation du mage élisabethain John Dee (à partir de 1:20), ce même John Dee qu'il cite dans le texte ci-dessous en le présentant comme un père-fondateur de l'impérialisme anglo-protestant anti-russe. La JTF a entendu dire que Dee, l'agent secret 007 de la reine Elisabeth première, est l'inventeur de l'expression « Empire Britannique », mais l'hypothèse de votre serviteur, c'est surtout que Dee, l'affût des sciences de son temps, ami de Mercator l'inventeur de la projection cartographique portant son nom, avait compris avant tout le monde l'immense potentiel que donnait à l'Angleterre le fait qu'elle soit une île en cette époque où commençait les grandes expéditions maritimes (d'où le « Green Empire » auquel se réfère Foursov). La JTF trouve très faible et bien peu probant le rapprochement entre John Dee et Dumbledore. Il est évident que ce dernier, avec sa barbe, sa longue robe et sa grande bibliothèque, est plutôt une représentation archétypale de l'idée qu'on se fait en Occident d'un grand mage (votre serviteur l'utilise lui-même avec le nom de son compte Youtube, les Archives du sorcier). Foursov rapproche Dumbledore de John Dee mais on aurait très bien pu le faire avec Merlin, l'abbé Trithème ou Nostradamus. Peut-être était-ce réellement voulu par les réalisateurs de la série que Dumbledore soit un John Dee déguisé « in plain sight » mais il faudra que Foursov étaye davantage pour que la JTF puisse le prendre au sérieux. Autrement, elle est tout-à-fait justifiée de craindre une dérive idéologique zozotérique de la part de l'académicien malgré la qualité exceptionnelle du reste de son discours. L'ennui avec ces dérives idéologiques zozotériques quand elles surviennent, c'est la contamination, la reprise gratuite par ceux qui ont fait leurs choux gras de la crédulité superstitieuse, comme Soral, Ploncard, Laïbi, Glauzy, Livernette and co. et qui répèteront en boucle jusqu'à ce que ça devienne une « vérité évidente en soi ».


 ---L'arme psycho-historique contre la Russie---


Par Andrei Foursov (traduction de l'original russe par Olga)
Paru en français sur le site Traduitdurusse.ru et repris par le Saker Francophone
Le 25 novembre 2015
 
Андрей Фурсов: Русофобия - психоисторическое оружие в борьбе против России

L’extrait du rapport de l'historien A. Foursov au forum international «La russophobie et la guerre d'information contre la Russie»

Une conférence sur la russophobie dans notre situation est en retard au moins d'un quart de siècle. Je dis «notre situation»  me référant à ce qui suit. Les trois ou quatre dernières années ont démontré à tout le monde - à tout ceux qui ne sont pas aveugles, qui voient - que l'Occident restera un ennemi de la Russie indépendamment du régime politique que nous aurons; et voici que les militaires américains parlent déjà que les relations entre les États-Unis et la Russie resteront conflictuelles même après le départ de Poutine. Alors que la ministre de la défense allemande, mère de sept enfants, le 22 Juin de 2015 a déclaré qu'il fallait traiter la Russie d'une position de force. Apparemment, la date de la déclaration n'a pas été choisie par hasard. Mme la ministre a oublié comment la tentative de son compatriote et fondateur de la première Union Européenne de lancer le 22 Juin de 1941 la conversation avec la Russie d'une position de force a fini. Elle pourrait au moins plaindre ses enfants; le sort des enfants de Goebbels et le drapeau rouge sur le Reichstag oubliés? 

La conférence est tardive, cependant, mieux vaut tard que jamais, mais la perte de temps ou du rythme, comme les joueurs d'échecs diraient, est évidente. La clarté est toujours nécessaire, en particulier la clarté au regard des adversaires historiques, à parler franchement, les ennemis. L'affaiblissement et la soumission de la Russie, l'effacement de l'identité russe en tant qu’une nation formant l'état, dans le but de la prise de contrôle des ressources et de l'espace russes (l'importance et la valeur du dernier augmente avec la menace de la catastrophe géoclimatique) est un objectif de longue date des groupes dirigeants de l'Occident. Dans la forme systématique cet objectif a été formulé dans le dernier tiers du XVIe siècle dans les versions catholique (les Habsbourg) et protestante (Angleterre, John Dee).

Le désir de subjuguer le vaste territoire, détruire l'état le contrôlant, soumettre et briser le peuple constituant l'état était justifié par le caractère  prétendument hostile aux Européens de l'état et du peuple russes, par leur agressivité – imaginaire, bien sûr: «Tu es coupable déjà parce que j'ai faim».  Un accent particulier était mis sur l'altérité religieuse des Russes, leur orthodoxie. Jusqu'aux années 1820-s l'accentuation de l'altérité des Russie par rapport aux Européens de l'Ouest était principalement de nature religieuse, même s'il y avait une composante nationale, ou plus précisément, ethnique. Depuis les 1820-s la situation a changé: à la pointe de la guerre d'information et psychologique (psycho-historique) contre la Russie ont passé les composantes ethno-historique, nationale, culturelle et politique, formant la russophobie dans le sens strict. C'est là où la guerre psycho-historique de l'Occident contre la Russie commence pour tout de bon. C'est un changement qualitatif, mais avant que nous en parlions, il faut déterminer ce que l'on entend par les termes «la guerre psycho-historique»  et «la russophobie» .

***

La guerre psycho-historique est un ensemble d'actions systématiques, ciblées et à long terme, ayant pour le but d'établir un contrôle sur la psychosphère de la société, principalement sur la psychosphère de son élite intellectuelle et de pouvoir, en  passant progressivement au-delà des groupes cibles primaires, d'effacer la psychosphère attaquée et en substituer par la sienne.

Les domaines principaux, ou «les fronts», pour mener la guerre psycho-historique sont: l'éducation, la science sociale, les médias (qu'on peut appeler les médias de publicité, de propagande et de désinformation), conçus pour les pauvres d'esprit, bavant de plaisir à la vue de crétins de salon qui discutent ce soi-disant «tout le monde parle» et le soir, en plaisantent.

Les médias de publicité, de propagande et de désinformation multinationales, associés formellement aux états, cherchent à dépeindre la Russie, son régime de pouvoir et celui qui le personnifie, presque comme un ennemi de l'humanité  numéro 1. «Le régime est criminel», «les Russes ont annexé la Crimée,» «la Russie mène une guerre contre l'Ukraine», «la Russie est à blâmer pour le Boeing  malaisien abattu», «la Russie s'est approprié les ressources de la Sibérie qu'elle n'est pas en mesure de mettre en œuvre», «en Russie on persécute les homosexuels» etc.

Il est clair qu’à la fin du XXe siècle le journalisme classique comme celui de TV a dégradé, étant devenu obsolète, se transformant de la profession en une occupation; il est également clair que l'homme de la rue occidental est un philistin indifférent et croit à ses médias de publicité, de propagande et de désinformation; il est clair que la cinquième colonne en Russie interprète son strip-tease principalement auprès des consommateurs étrangers,  travaillant en remboursement des pièces d'argent étrangères, des voyages à l'étranger, des récompenses; il est clair que d'argumenter avec eux est inutile. Et, néanmoins, je voudrais demander: si depuis 1991 à nos jours plus de guerres ont balayés le monde que depuis 1945/50 à 1991, si ces guerres ont été d'une manière ou d'autre attisées par l'Occident, en quoi cela peut-il concerner la Russie? Il n'y a aucune preuve que le Boeing fut abattu par les miliciens, par contre, il y a beaucoup de preuves que cela est fait par les Ukrainiens. En Russie il n'y a pas de loi sur la persécution de l'homo-sexualisme. Ce dernier (dans les yeux de beaucoup) non seulement n'est plus une perversion sexuelle, mais il est devenu quelque chose de beaucoup plus grand, à savoir une passe dans les cercles de l'élite et/ou quasi-élite, un signe d'appartenance: l'empressement de transgresser la nature biologique et les normes sociales traditionnelles est un signe de fidélité aux Maîtres du jeu mondial, un symbole de la volonté de tendre le cul, non seulement au sens figuré, mais littéralement (Où est la différence de l'abaissement dans la prison? le caractère volontaire? Où est la différence de léchage du cul au meneur d'une bande de babouins ? Le fait que ce sont les gens qui font ça? Sont-ils vraiment les gens?)

Derrière toutes les fausses accusations du dirigeants occidentaux contre la Russie, si les peler bien, se cache la crainte devant un seul pays non-occidental qui non seulement ne s'est couché pas sous l'Occident capitaliste comme une colonie ou semi-colonie, non seulement lui résistait avec succès, mais pendant quatre siècles lui infligeait les défaites, et à XXe siècle a créé un système mondial alternatif au capitalisme - l’anticapitalisme systémique. La Russie n'est pas l'Occident, mais en même temps, les Européens (les autres Européens) ont créé une culture européenne alternative à la culture occidentale et basée sur des valeurs russes. Quelqu'un a dit à juste titre que si les héros d'écrivains occidentaux de la première rangée (Balzac, Dickens, Zola) sont soucieux de l'argent et de la carrière, les héros des écrivains russes de la première rangée (Tolstoï, Dostoïevski) sont préoccupés du sens de la vie, des questions de morale. Russie - c'est l’Europe chrétienne autre que l'Occident, une autre Europe, qui s'est propagée sur l'ensemble de l'Eurasie du Nord et qui vit dans ses propres règles, et déjà pour cela désagréable et inacceptable pour l'Occident. D'où vient la russophobie agressive comme une arme importante psycho-historique dans la guerre contre la Russie.

Les niveaux principaux pour mener la guerre psycho-historique sont ceux d'information, conceptuel, métaphysique (du sens). Au niveau d'information, niveau primaire, s'effectue la  distorsion des faits; le niveau conceptuel est l'interprétation et le paquetage de l'information (des faits qui, dans l'interprétation erronée, se muent en faits faux) d'une certaine façon, en vue d'imposer à un objet cible une vision déterminée; le niveau métaphysique (sémantique) - c'est la haute voltige de la guerre psycho-historique où l'essentiel se passe: la destruction des sens caractéristiques de l'objet cible et leur remplacement par les sens étrangers, pour priver la «cible» de sa métaphysique et de sa volonté de résister.

Une des lignes passant par tous les trois niveaux est de créer l'une image négative de la «cible» et au programme maximum, l'introduire dans les groupes dominants de la société cible (l'auto-phobie, la haine du tout ce qui est sien, la haine pour eux-mêmes - et la sympathie à étranger). On essaie leur inspirer l'idée qu'ils soient censés presque siens, presque Européens/Américains aux yeux de l'Occident; ils n'ont que faire un petit effort pour se débarrasser de ce «presque» - sinon prendre la haine, au moins prendre le mépris pour son pays et le rendre à l'Occident, devenant une sorte d'intendants sous le régime d'occupation. Un des exemples de l'auto-phobie est la russophobie. Comme une idée, c'est l'inimitié (jusqu'à la haine) aux Russes en tant que tels, à leur type et expérience historiques, à leur porteurs - leur identité, l'histoire, les valeurs, type psychologique, état d'esprit, genre de vie. La russophobie comme une pratique est un ensemble d'actions (informationnels, économiques, politiques et autres), ayant pour le but la suppression de la nature russe comme un complexe psycho-historique. La russophobie comme une stratégie est un désir d'établir un contrôle sur les Russes en tant qu'une intégrité ethno-historique particulière formant un état, pour ensuite les anéantir, effacer de l'histoire, les dissoudre dans les autres peuples.

La mise en œuvre pratique de russophobie n'est pas si rare. Les nazis pendant la Grande guerre patriotique l'ont démontré massivement en forme extrême; de nos jours les autorités des pays Baltes et de l'Ukraine sympathisants des nazis, avec l'assentiment ou l'approbation de l'Union Européenne et des États-Unis, réalisent la russophobie dans la forme de la discrimination des Russes dans ces pays. Au niveau de la propagande la russophobie effrénée caractérise les actions des sphères politique et médiatique de l'Occident au cours des dernières années. Dans son acharnement ça dépasse la propagande antisoviétique et anticommuniste pendant la guerre froide; si on touchait les Russes alors, c'était plus indirectement, plus ou moins à mots couverts - on attaquait le communisme, le système soviétique, l'idéologie communiste.

Cependant, les marionnettistes et leurs  agents de service accompagnateurs étaient parfaitement conscients que la lutte est contre la Russie, soit celle soviétique. Zbigniew Brzezinski s'est prononcé à ce sujet ouvertement et clairement dans les années 1990 dans son interview au magazine parisien Le Nouvel Observateur. Interrogé sur la lutte de l'Occident et en particulier des États-Unis contre le communisme, Brzezinski a répondu dans le sens qu'il ne fallait pas faire illusions: l'Occident «ne combat pas le communisme, mais la Russie, peu importe comment elle s'appelle». Il est significatif que Yakovlev, un des «directeurs de la perestroïka», a parfaitement appris cette approche de ses maîtres: dans une interview il a déclaré qu'avec la perestroïka, ses agents abattaient non seulement l'Union Soviétique, mais l'ensemble du modèle millénaire de l'histoire russe. Dans les deux cas (Brzezinski et Yakovlev) nous traitons la russophobie dans sa mise en œuvre.

Il est important de noter que soviéto-phobie n'est qu'une forme voilée de la russophobie. Bien que les détracteurs du passé soviétique s'efforcent de justifier leur position par le patriotisme russe, l'orthodoxie, la grandeur de l'Empire de Russie opposée à l'Union Soviétique comme quelque chose de positif (le complexe de la monarchie, la révolution du février de 1917, de la Garde blanche comme la positivité de l'histoire du pays), le rejet du stalinisme et ainsi de suite, en fait leur dénigrement est d'un caractère russophobe. L'Union Soviétique est à bien des égards le pic du développement de la civilisation russe: c'est un véritable moderne russe, le développement réel, une phase mondiale de l'histoire de Russie; enfin, c'est un seul système social dans l'histoire, basé sur la valeur centrale de Russie - la justice sociale.

Les ennemis de la Russie, les russophobes à l'étranger et en Russie, le comprennent parfaitement: la campagne de soviéto-phobie, la détraction du passé soviétique, des réalisations soviétiques, des victoires soviétiques, est un coup sur la Russie, sur le «siècle court» russe (1917-1991), qui a prouvé la solidité historique, le triomphe de la nature russe dans sa forme soviétique. Ce n'est pas par hasard que la communauté des experts soviétologues a joué un rôle important dans le développement de la russophobie à l'Occident et en particulier aux États-Unis. Beaucoup de ses représentants ont travaillé à différents moments dans les diverses administrations américaines. Parmi ces gens il y avait assez d'immigrants en provenance d'Europe de l'Est et leurs descendants - les Polonais, les Tchèques, les Juifs, les Ukrainiens, les Roumains, etc. En règle générale, tous, soit Zbigniew Brzezinski, Paula Dobriansky (la fille d'un collaborant de Bandera qui se produisait dans l'administration de Bush junior), Wolfowitz ou  Perle - leur nom est légion - détestaient l'Union Soviétique comme une forme puissante de la Russie historique. L'empreinte de cette haine gisait sur les études soviétologiques - pas sur toutes les études, bien sûr, il y avait quand même beaucoup de travaux sérieux et intéressants, et parmi les immigrants en provenance d'Europe de l'Ouest tous n'étaient pas les ennemis de l'Union Soviétique ou la Russie. Mais... il y avait la tendance.

Avec l'effondrement de l'URSS ils semblaient avoir rester sans travail, mais ils se sont rapidement recyclé des «kremlinologues» en spécialistes du Kremlin post-soviétiques. La haine persistait, maintenant sans besoin de se cacher dans les vêtements anticommunistes. Avec chaque nouvelle administration après Bush père ces experts devenaient de plus en plus nombreux, leur activité augmentait et a atteint son apogée au cours de l'hystérie anti-Poutine; de nombreuses «bévues» en haut des États-Unis contre la Russie devraient être attribuées à cette image que créait le segment russophobe de la communauté des experts. Le problème est que ce public russophobe est toujours pris au sérieux, en tant que scientifiques, alors qu'en fait, ce sont des agents ordinaires de la guerre de l'information (indépendamment de la nationalité - soit-ce Fiona Hill ou Lilia Shevtsova) ; les joindre dans des discussions purement scientifiques afin de trouver la vérité serait au moins stupide. Le but de l'ennemi n'est pas la recherche de la vérité, mais porter préjudice à la Russie: dans ce cas-là, dans la guerre psycho-historique d'information. Et si russophobes antérieures se déguisaient dans la toge d'anticommunistes, maintenant ils portent l'affublement des «critiques du régime de Poutine» et des «combattants pour la véritable démocratie en Russie». Quel est ce genre de «démocratie», nous l'avons vu en 1993, 1996 et 1998. La démocratie avec le visage de Eltsine-Gaïdar-Tchoubaïs? Non, merci. La russophobie ne change que sa forme, l'essence reste la même et n'a pas sensiblement changé depuis les années 1820.

C'est dans cette décennie que la russophobie comme l'arme de base des sommets occidentaux dans la guerre psycho-historique «contre la Russie, peu importe la façon dont s'appelle», fut lancée. Le temps du lancement n'a pas été choisi par hasard: la Russie alors est devenue un ennemi mortel des trois forces qui avaient organisé la révolution française de 1789-1799 ans (ou avaient activement contribué à son émergence et le développement) et qui ont commencé à construire son nouvel ordre mondial immédiatement après l'achèvement de sa «version d'exportation» - les guerres napoléoniennes.

Premièrement, c'est le Royaume-Uni qui disputait avec la France l'hégémonie dans le système capitaliste mondial et a remporté une victoire au premier chef par les forces de la Russie. En raison de la victoire sur Napoléon, l'ayant transformée en une forte puissance continentale, elle est devenue l'ennemi №1 aux yeux des britanniques.

Deuxièmement, c'est le capital financier européen relativement nouveau, qui a pris son vol juste au cours de la Révolution française et des guerres napoléoniennes - en raison de ces phénomènes. Nous parlons surtout les Rothschild, qui déjà en 1818 dictaient sa volonté aux grandes puissances d'Europe occidentale (Allemagne, Autriche, Prusse, France) - mais pas à la Russie. Immédiatement après la défaite de Napoléon, les Rothschild (dans les intérêts financiers), aussi bien que les francs-maçons et les Illuminati, ont commencé à parler de quelque chose de semblable à un gouvernement mondial , et le 1818 a clairement démontré leurs revendications. Les Rothschild ont été soutenus par d'autres banquiers - britanniques et suisses. Cependant, la Russie embarrassaient la mise en œuvre de ces plans - d'abord sous Alexandre Ier, puis Nicolas Ier - concernant les plans non seulement politiques, mais aussi économiques: les tsars russes n'autorisaient pas au capital financier occidental se déployer dans toute sa largeur en Russie, le limitant.

Dans les années 1820-1840 commence l'opposition des Rothschild - une force de frappe du capital occidental (essentiellement juif) - et des Romanov, c'est-à-dire, de la Russie de ce temps-là, son régime au pouvoir. Fait révélateur, lorsque les émissaires d'Alexandre II et d'Alexandre III ont essayé de traiter la paix avec les Rothschild (voulant que ces derniers cessassent de sponsoriser le mouvement antigouvernemental en Russie en 1870-1890-s), ils ont reçu la réponse que pour les Rothschild, la paix avec les Romanov était impossible. Il va sans dire que les Rothschild sont les alliés (et sponsors) principaux de la Couronne britannique, aussi bien que d'une certaine partie de l'establishment britannique, pas seulement juive. Il va sans dire que dans son hostilité à la Russie, ils ont coïncidé avec le Royaume-Uni comme un état.

Troisièmement, la fin du XVIII - première moitié du XIX siècle c'est la période d'activation forte de la maçonnerie européenne, cette forme historiquement première des structures supranationales fermées pour l'harmonisation et la gestion mondiale. «L'ère des révolutions» (E. Hobsbaum) des années 1789-1848 a été largement l'ère des révolutions maçonniques - dans le sens que ces dernières se déroulaient sous les slogans maçonniques «liberté, égalité, fraternité». Les francs-maçons étaient la principale des forces de base qui guidaient et supervisaient les révolutions, qui utilisaient les vraies contradictions structurelles de l'ancien ordre pour les tourner en contradictions systémiques. Les structures maçonniques représentaient une forme déguisée d'organisation politique de la bourgeoisie, en procurant - «par des liens fraternels» - des formes organisationnelles de collusion et compromis avec une partie de l'aristocratie. Enfin, les francs-maçons (ou leurs représentants) se trouvaient souvent à la tête des États post-révolutionnaires - la franc-maçonnerie a adopté une forme étatique comme un ensemble fermé des structures supranationales de coordination et de gestion.

C'est pendant cette «ère des révolutions» qu'a fortement augmenté l'expansion pratiquement libre de la franc-maçonnerie en Europe - à nouveau, à l'exception de la Russie. Ici, malgré le nombre croissant de loges maçonniques, ils se sont heurtés à la puissance de l'autocratie russe. Inutile de dire que l'autocratie russe (surtout pendant le règne de Nicolas I) est devenu un ennemi mortel de la franc-maçonnerie, qui s’est ancrée solidement à la tête d'un certain nombre de pays européens. Pratiquement toutes les loges d'Europe continentale ont été contrôlés par les Britanniques - par les loges britanniques insulaires, étroitement liées à l'establishment britannique et la «haute finance». Dans son hostilité à la Russie ils ont coïncidé, créant ainsi une seule alliance anti-russe, une sorte d'une guivre russophobe à trois têtes.

Chaque «tête» dans la lutte avec la Russie poursuivait ses objectifs. Le Royaume-Uni cherchait à affaiblir considérablement la Russie pour prévenir l'apparition ou l'existence d'une force  prédominante continentale, de plus, capable en raison de sa position de le contester à l'Est. Les financiers cherchaient à mettre la Russie et ses autorités sous le contrôle financier pour faire leurs mega-bénéfices. Les maçons visaient la destruction de l'autocratie et son remplacement par une  République soumise aux loges européennes «fraternelles», qui serait certainement plus faible que la monarchie autocratique. Et ça n'a pas manqué après le coup de février de 1917, dans laquelle les intérêts de la guivre occidentale coïncidaient avec les intérêts de certains groupes en Russie utilisés discrètement par l'Occident. Toutefois, le février de 1917 fut le résultat d'un long chemin, presque séculaire, sur laquelle les adversaires de la Russie - l'union du Royaume-Uni et des forces économiques et politiques supranationales de l'Occident - s'est engagé dans les années 1820-s. Pour saper la Russie, tous les membres de l'union utilisaient les uns les autres: le Royaume-Uni - les financiers et les francs-maçons, les financiers - les maçons et le Royaume-Uni, les maçons - le Royaume-Uni et le capital financier.

En fait, ces participants ne représentaient pas une somme, mais un ensemble, un système politique et économique unique, qui s'est formé en grande partie pour la lutte contre la Russie, au cours de la lutte contre la Russie et pour le partage des fruits de la victoire de cette lutte. La victoire en question exigeait une guerre - une guerre contre le vainqueur de Napoléon. Les préparatifs pour une telle guerre, à son tour, impliquaient le traitement psycho-historique (principalement) d'information des élites intellectuelles et du pouvoir, à la fois en Europe et en Russie elle-même. La russophobie conçue et lancée dans les années 1820 fut un moyen de ce traitement. Pendant les années 1830-1840-s la russophobie a préparée à la guerre, moralement et politiquement, toute une génération d'Européens. Les Européens avec des vues politiques fondamentalement différentes ont commencé à manifester des signes de la russophobie: les quasi-libéraux  (Disraeli), arhi-conservsteurs (archevêque de Paris), les ultra-revolutionnaires (Marx). La leçon des 25 ans qui précédaient la première guerre globalement occidentale contre la Russie - la guerre de Crimée - est simple: la guerre de l'information, toutes choses égales d'ailleurs, prépare toujours pour la guerre conventionnelle (même si celle-ci pour une raison quelconque et n'ait pas eu lieu, c'est une autre question).

En 1820-1830-s la russophobie commence à pénétrer en Russie elle-même et se répandre parmi une certaine partie des élites intellectuelles et de pouvoir. La vie de 20-25% de la classe dirigeante de la Russie conformément au niveau occidental exigeait l'exploitation de la population de plus en plus forte. M.O. Menchikov a appelé le XIX siècle «le siècle du déclin d'abord progressif et à la fin rapide et alarmante de la richesse nationale en Russie. Nos gens souffrent de malnutrition chronique et tendent à dégénérer, tout cela dans le but de maintenir l'éclat de l'européisme et permettre une petite couche de capitalistes marcher au pas avec l'Europe».

Il est important que l'objet de russophobie était non seulement le peuple russe, la culture russe et ainsi de suite, mais - dans de nombreux cas - et l'État russe, le pouvoir autocratique. Le fait est que le centre autocratique limitait, en partie dans ses propres intérêts, les appétits de l'élite russe pour l'exploitation et devenait donc aussi la cible de la critique russophobe comme «le despotisme asiatique», «le système de la tyrannie», etc. Dans cette approche, une partie de l'élite et du capital russe coïncidait dans sa russophobie avec les adversaires occidentaux de la Russie - tant les états (le Royaume-Uni, la France) que supranationaux (la maçonnerie). Les russophobes sont caractérisées par l'hostilité et la haine envers le peuple russe et le pouvoir russe - et plus ce pouvoir est fort et indépendant par rapport à l'Occident, plus il prend en compte les intérêts du peuple, de l'ensemble social, plus la haine est forte, plus la russophobie est féroce. L'un des principaux motifs de la haine des antisoviétiques envers le pouvoir des Soviets était qu'ils le percevaient comme le pouvoir du peuple, ou au moins comme un pouvoir qui plus ou moins protégeait les intérêts du peuple, ne permettant pas aux prédateurs éventuels de s'en donner. Leur  rictus féroce s'est manifesté dans les années 1990-s et plus tard au cours des dernières années, exprimé en termes de «vatnik» (ouatiné), «chaussettes russes» etc. Ainsi, la russophobie est un phénomène autant et même plus de classe que socio-culturel et de civilisation. C'est-à-dire, le phénomène de civilisation dans la forme, et de classe (et géopolitique) dans le fond. Il faut bien le retenir toujours.


Andreï Foursov


A. I. Foursov est directeur du Centre d'études russes de l'Université de Moscou pour les sciences humaines, directeur de l'Institut de l'analyse stratégique, académicien de l'Académie internationale des sciences (Innsbruck, Autriche)